lundi 1 octobre 2012

Zone de turbulence


Récit du baptême de l’air de Laurier Petelle

La maison des Savarese (la plus à droite avec la tour )
La mer à ses pieds
J’écris assise sur le bord d’une fenêtre, à flanc de montagne. La baie de Naples me sépare du Vésuve qui me fait face et nous regardons ensemble le soleil se lever. Nous voici enfin arrivés à Seiano, petit village de la côte amalfitaine où habite la famille du plus vieux copain de mon amoureux. Les Savarese nous ont accueillis hier soir autour de leur table. D’abord un petit espresso accompagné d’un baba au jambon maison, suivi, vers minuit, du souper traditionnel : doublé de riches plats principaux de pâtes et de viandes, salade de tomates du jardin, pain maison et dessert décadent au chocolat. Ils parlaient italien et riaient de bon cœur tous les 2 ou 3 mots. Je n’y comprenais rien, mais mon plaisir d’être là, autour de cette table agrémentée des talents culinaires d’Alphonsina, était sincère. Ce matin, un vent doux me porte les effluves de la Méditérannée.

La perfection de ce moment n’a d’égal que la brutalité de notre voyage Montréal-Rome. J’avais bien envisagé rencontrer quelques difficultés, mais la réalité a dépassé de loin mon pire scénario…

Laurier lâchait son fou sur les tapis roulants de l’aéroport en attendant l’embarquement. Nous voulions l’épuiser pour le fatiguer. J’espérais lui donner son biberon à l’heure du décollage afin de limiter les douleurs aux oreilles, mais il réclama son lait à coups de grands cris désespérés dès que nous fûmes à bord. J’obtempérai. L’avion prit son envol au moment où il s’exclama : « Tout bu! ». Il passa l’heure suivante à vouloir sauter, courir et grimper partout. Il se fâcha à chacune de nos tentatives de le calmer. Le souper arrivé, il voulu boire un peu d’eau et renversa la moitié de la bouteille sur mon siège et nos vêtements. Nous avions deux sièges et un Laurier... Il n’y avait plus assez d’espace pour deux tablettes-repas sans dégât. Les néons de l’avion assurèrent l’éclairage des chariots de la boutique Air Canada jusqu’à minuit, afin que des dames puissent magasiner. Mais Laurier se fatiguait et ne tolérait plus rien, ni mes bras ni ceux de papa. Nous passâmes les 3 heures suivantes à tenter de l’endormir. Il hurlait, se cambrait, donnait des coups. Il se grattait jusqu’à s’en arracher la peau et hurlait de plus belle dès que nous tentions de l’arrêter. Il réclama à nouveau sa bouteille, mais ses mains ne s’en emparèrent que pour la lancer à bout de bras. Une femme me demanda si j’avais essayé de lui donner un bonbon. Je lui souris, plutôt que de l’insulter.

Il s’endormit finalement au bout de ses cris. Nous le couchâmes par terre, à nos pieds, sur un lit de couvertures improvisé. Nous ne pouvions plus bouger au risque de le réveiller. Évidemment, je ne pus dormir, mais je pleurai un peu, pour me calmer. Ils venaient enfin d’éteindre les néons. Laurier se réveilla 3 heures plus tard, en même temps que ces néons que je détestais désormais. Pas une seule fois, au cours du vol, je ressenti l’ombre d’une compréhension de la part d’un passager ou d’un employé. Au moment de sortir, tous se sont dépêchés. Tant pis pour Laurier, qui en manifestait le besoin depuis le départ.

En attendant la navette sur les marches de l’avion, mon chum me demanda où nous devions récupérer la poussette. En entendant ses mots, mon regard fut attiré vers un objet qui gisait sur le tarmac. Je dus moi-même aller récupérer ma poussette qu’on avait échappée.

À Rome, nous avions réservé une nuit dans un hôtel du quartier de la gare Termini, pour faciliter les choses puisque nous devions retourner à l’aéroport le lendemain pour récupérer une voiture. Mais comme le train fut d’abord en retard, puis annulé; comme tous les passagers furent détournés vers la même alternative, il nous fallut 5 heures plutôt qu’une avant d’atteindre notre chambre.

Nous nous allongèrent finalement pour une sieste bien méritée. Contre toute attente, Laurier se racontait joyeusement des histoires dans son parc, bien éveillé. Trente minutes plus tard, une odeur nauséabonde voyagea jusqu’à mes narines. Je rêvais de dormir, mais je constatai plutôt que cette odeur n’émanait non seulement de sa couche, mais de partout sur ses draps, son doudou, ses toutous et le parc prêté par l’hôtel. Sur le fait, nous n’eûmes d’autre choix que de troquer la sieste pour une séance de lavorama.

Heureusement, la nuit qui commença à 7h00 ce soir là, dura jusqu’à 10h00 le lendemain matin et ne fut interrompue qu’une seule fois par bébé. Le taxi qui nous ramena à l’aéroport le lendemain semblait pressé. Laurier, assis sur le siège arrière entre papa et maman, vomit son impression de la conduite avant même d’arriver à destination. Le chauffeur nous déposa au milieu des aires de stationnements et nous dûmes y marcher une bonne trentaine de minutes à la recherche des bureaux de location avant de les trouver. Et c’est à ce moment là que la chance tourna. Nous tombèrent nez à nez avec nos amis et repartîmes quelques minutes plus tard à bord d’une voiture plutôt luxueuse… 

Malgré tout le tumulte de notre voyage vers la ville sainte, nous y sommes restés juste assez longtemps pour deviner la convivialité des Romains. Les rues bondées de motocyclettes ont fasciné Laurier. La pizza et les spaghettis de la trattoria du coin nous ont fait saliver et le cappuccino a dessiné un sourire sur nos visages fatigués.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire