Récit du baptême de l’air de
Laurier Petelle
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| La maison des Savarese (la plus à droite avec la tour ) La mer à ses pieds |
J’écris assise sur le bord
d’une fenêtre, à flanc de montagne. La baie de Naples me sépare du Vésuve qui me
fait face et nous regardons ensemble le soleil se lever. Nous voici enfin
arrivés à Seiano, petit village de la côte amalfitaine où habite la famille du
plus vieux copain de mon amoureux. Les Savarese nous ont accueillis hier soir
autour de leur table. D’abord un petit espresso accompagné d’un baba au jambon
maison, suivi, vers minuit, du souper traditionnel : doublé de riches plats
principaux de pâtes et de viandes, salade de tomates du jardin, pain maison et
dessert décadent au chocolat. Ils parlaient italien et riaient de bon cœur tous
les 2 ou 3 mots. Je n’y comprenais rien, mais mon plaisir d’être là, autour de
cette table agrémentée des talents culinaires d’Alphonsina, était sincère. Ce
matin, un vent doux me porte les effluves de la Méditérannée.
La perfection de ce moment n’a
d’égal que la brutalité de notre voyage Montréal-Rome. J’avais bien envisagé
rencontrer quelques difficultés, mais la réalité a dépassé de loin mon pire
scénario…
Laurier
lâchait son fou sur les tapis roulants de l’aéroport en attendant
l’embarquement. Nous voulions l’épuiser pour le fatiguer. J’espérais lui donner
son biberon à l’heure du décollage afin de limiter les douleurs aux oreilles,
mais il réclama son lait à coups de grands cris désespérés dès que nous fûmes à
bord. J’obtempérai. L’avion prit son envol au moment où il s’exclama :
« Tout bu! ». Il passa l’heure suivante à vouloir sauter, courir et
grimper partout. Il se fâcha à chacune de nos tentatives de le calmer. Le
souper arrivé, il voulu boire un peu d’eau et renversa la moitié de la
bouteille sur mon siège et nos vêtements. Nous avions deux sièges et un Laurier...
Il n’y avait plus assez d’espace pour deux tablettes-repas sans dégât. Les
néons de l’avion assurèrent l’éclairage des chariots de la boutique Air Canada
jusqu’à minuit, afin que des dames puissent magasiner. Mais Laurier se
fatiguait et ne tolérait plus rien, ni mes bras ni ceux de papa. Nous passâmes
les 3 heures suivantes à tenter de l’endormir. Il hurlait, se cambrait, donnait
des coups. Il se grattait jusqu’à s’en arracher la peau et hurlait de plus
belle dès que nous tentions de l’arrêter. Il réclama à nouveau sa bouteille,
mais ses mains ne s’en emparèrent que pour la lancer à bout de bras. Une femme
me demanda si j’avais essayé de lui donner un bonbon. Je lui souris, plutôt que
de l’insulter.
Il
s’endormit finalement au bout de ses cris. Nous le couchâmes par terre, à nos
pieds, sur un lit de couvertures improvisé. Nous ne pouvions plus bouger au
risque de le réveiller. Évidemment, je ne pus dormir, mais je pleurai un peu,
pour me calmer. Ils venaient enfin d’éteindre les néons. Laurier se réveilla 3
heures plus tard, en même temps que ces néons que je détestais désormais. Pas
une seule fois, au cours du vol, je ressenti l’ombre d’une compréhension de la
part d’un passager ou d’un employé. Au moment de sortir, tous se sont dépêchés.
Tant pis pour Laurier, qui en manifestait le besoin depuis le départ.
En
attendant la navette sur les marches de l’avion, mon chum me demanda où nous
devions récupérer la poussette. En entendant ses mots, mon regard fut attiré
vers un objet qui gisait sur le tarmac. Je dus moi-même aller récupérer ma
poussette qu’on avait échappée.
À
Rome, nous avions réservé une nuit dans un hôtel du quartier de la gare Termini,
pour faciliter les choses puisque nous devions retourner à l’aéroport le
lendemain pour récupérer une voiture. Mais comme le train fut d’abord en
retard, puis annulé; comme tous les passagers furent détournés vers la même
alternative, il nous fallut 5 heures plutôt qu’une avant d’atteindre notre
chambre.
Nous
nous allongèrent finalement pour une sieste bien méritée. Contre toute attente,
Laurier se racontait joyeusement des histoires dans son parc, bien éveillé.
Trente minutes plus tard, une odeur nauséabonde voyagea jusqu’à mes narines. Je
rêvais de dormir, mais je constatai plutôt que cette odeur n’émanait non
seulement de sa couche, mais de partout sur ses draps, son doudou, ses toutous
et le parc prêté par l’hôtel. Sur le fait, nous n’eûmes d’autre choix que de
troquer la sieste pour une séance de lavorama.
Heureusement,
la nuit qui commença à 7h00 ce soir là, dura jusqu’à 10h00 le lendemain matin
et ne fut interrompue qu’une seule fois par bébé. Le taxi qui nous ramena à
l’aéroport le lendemain semblait pressé. Laurier, assis sur le siège arrière
entre papa et maman, vomit son impression de la conduite avant même d’arriver à
destination. Le chauffeur nous déposa au milieu des aires de stationnements et
nous dûmes y marcher une bonne trentaine de minutes à la recherche des bureaux de
location avant de les trouver. Et c’est à ce moment là que la chance tourna.
Nous tombèrent nez à nez avec nos amis et repartîmes quelques minutes plus tard
à bord d’une voiture plutôt luxueuse…
Malgré tout le tumulte de
notre voyage vers la ville sainte, nous y sommes restés juste assez longtemps
pour deviner la convivialité des Romains. Les rues bondées de motocyclettes ont
fasciné Laurier. La pizza et les spaghettis de la trattoria du coin nous ont fait
saliver et le cappuccino a dessiné un sourire sur nos visages fatigués.

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