Parce que même si je ne souffle
pas très fort sur le débat qui alimente l’actualité depuis des semaines, je ne
reste pas indifférente à ses enjeux.
La
maman que je suis devenue voit le monde d’un tout autre œil. Mon regard est
maintenant teinté d’un amour oblatif envers ma progéniture. La maman que je
suis devenue s’émeut plus facilement de ce qui touche, de près ou de loin, les
enfants. La maman que je suis devenue cherche à améliorer le sort de son
héritier car s’il vieillit mieux, alors je vieillirai bien.
J’observe
des parents autour de moi et constate qu’ils ont eux aussi reformulé leurs
priorités. Je comprends ma grand-mère qui me répète que Laurier lui souffle
l’énergie nécessaire pour traverser la plus dure épreuve de sa vie. Je partage
l’émoi des nouveaux parents qui voient dans un écran leur bébé pour la première
fois. J’entends la voix de mon ami vaciller quand il me raconte les rêves qu’il a
pour sa fille. C’est que ce privilège d’être parent redirige nos ambitions et
redessine nos horizons. La volonté de faire de ce monde un endroit meilleur
carbure à même nos enfants.
Voilà
maintenant des semaines que le fil d’actualité traite principalement du futur
qu’on réserve à mon fils. À longueur de journée, les images défilent à l’écran
et les commentaires se multiplient sur Facebook. J’en suis parfois déprimée, mais
souvent ragaillardie. Je suis chaque fois touchée de voir des centaines de
milliers de jeunes, unis par la force de leurs convictions, exiger un peu plus
d’humanité. Je suis impressionnée de les voir persévérer et de les entendre
s’exprimer avec autant d’éloquence et de maturité. Je suis rassurée de savoir
que ce sont eux qui prendront les devants dans la société de demain.
Tous
les cerveaux ont deux hémisphères et je crois donc que notre vision du monde ne
peut être que pragmatique. L’argument comptable est à mes yeux lacunaire face à
l’idéologie au nom de laquelle on envahit les rues. À l’origine, la mission des
universités est « centrée sur la transmission du patrimoine culturel,
intellectuel et scientifique de l’humanité et la formation du jugement
critique.[1] »
Le débat doit donc aller au-delà de la valeur marchande d’un diplôme ou d’un
diplômé.
Je
souhaite que ceux qui rêveront de carrières moins payantes n’en seront pas découragés par le coût des études. Le philosophe
ou l’artiste est aussi essentiel à notre monde que le gestionnaire ou le pharmacien.
Je voudrais que l’on comprenne qu’il n’y a pas que l’économie ou la
comptabilité pour nous faire avancer ou pour mesurer le progrès. J’espère que
l’intelligence et l’ambition des jeunes continueront de m’émouvoir autant.
[1] Martin, Eric et
Tremblay-Pepin, Simon, Faut-il vraiment
augmenter les frais de scolarité ?, Institut de recherche et
d’informations socio-économiques, Montréal, 2012