vendredi 24 décembre 2010

Le décompte se termine


Le terme approche. Dans deux jours, on le poursuit à l'envers. Je me dois de retenir au moins une chose de cette grossesse. Il faut laisser aller les choses. Rien. Rien ne semble pouvoir déjouer leur cours naturel. La notion de contrôle ne s'applique pas sur une autre vie. C'est bien, après tout, qu'on nous l'apprenne aussi tôt.
Alors en continuant d'attendre l'arrivée de notre petit bouquet de bonheur, je vous souhaite à tous un Joyeux Noël! Et à ceux qui se sentent d'humeur consommatrice, un joyeux Boxing Day!

En espérant être de retour sous peu avec un nouveau personnage.

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1... ZÉRO!!!

lundi 20 décembre 2010

L'attente


La patience n’ayant jamais été ma grande force, la spontanéité a plus souvent guidé mes choix, mes idées, mes envies. La grossesse, la fin de grossesse, se veut donc une rude épreuve.
J’ai lu tous mes livres, j’ai complété mes achats de Noël à l’avance, j’ai stocké de la nourriture pour les semaines à venir, j’ai tout ce qu’il faut pour accueillir bébé. J’ai même préparé ma fameuse valise d’hôpital. Je suis prête. J’en suis à essayer tous ces trucs qu’on me confie comme de précieux secrets. J’ai marché, j’ai nettoyé les planchers, j’ai pelleté, j’ai trop mangé, je communique avec bébé et j’ai même tenté une quinzaine de points d’acupuncture. Et bien sûr, on continue de faire l’amour aussi. C’est comme ça qu’on l’a créé ce bébé… c’est comme ça qu’on peut l’aider à naître. Scientifiquement, ça demeure le meilleur des trucs. Mais la science ne suffit pas semble-t-il. Heureusement, la vie va bien au-delà.

« Un fruit tombe lorsqu’il est mûr », m’a sagement fait remarquer ma grand-mère. Elle, elle a déjà passé avec succès ce test de patience. Et je la regarde maintenant, depuis des mois, surmonter quotidiennement l’épreuve ultime de patience et de tolérance que représente son rôle d’aidante naturelle. Je tente donc aujourd’hui d’apprivoiser l’idée que je serai peut-être enceinte jusqu’à l’an prochain!

Alors je continue à lire un peu de tout, avide de divertissement, de conseils, ou même pourquoi pas, de petites perles de sagesse.

C’est ainsi que jeudi matin dernier, Patrick Lagacé, à travers son blogue, m’a fait découvrir ce texte de David Desjardins, du Voir Québec. Une autre vision, une perspective, une autre expérience. Je dois décidément faire ma paix avec la patience. L’épreuve d’apprentissage de l’inquiétude promet d’être beaucoup plus longue et émotionnelle. Toutes ces questions auxquelles on n’a pas les réponses. Quelqu’un va naître. Comment lui enseigner la vie alors que bien souvent, on cherche encore nous-mêmes à la comprendre?

Si vous ne l’avez pas encore lu, allez vous gâter…

jeudi 9 décembre 2010

Une réflexion… ou ma première montée de lait ? (voir entrée d’hier)


Comment réagir face à ce système de la santé qui se montre, trop souvent, aussi vide d’empathie, de compassion et de compréhension ? Je suis parfaitement consciente qu’on ne peut classer tous nos médecins dans la catégorie des insensibles ; j’ai d’ailleurs la chance d’avoir un médecin de famille absolument extraordinaire pour ma grossesse. Ce n’est malheureusement pas des médecins de son genre dont je souhaite parler aujourd’hui, mais plutôt de ceux-là qui font vivre à trop de gens, trop souvent, trop de situations décevantes.

Les médecins sont fatigués. On le sait. Certains sont même peut-être blasés de cette exposition routinière aux souffrances des autres. La lourdeur de la charge de travail rend encore plus difficile l’effort à déployer pour faire preuve d’empathie. Certains sont probablement ainsi de nature, mais j’ose croire que la majorité d’entre eux sont devenus insensibles ; de par la pression qu’exerce sur eux un système lui-même malade, de par le détachement qui accompagne inévitablement le mode survie qu’ils sont obligés d’adopter pour pouvoir effectuer ce travail à la chaîne.

Ils sont fatigués. Ils ne sont pas assez pour faire le travail. La pénurie de médecins de famille s’est même aggravée de 45% au cours des deux dernières années. Et qu’est-ce qu’on fait pour que ça change ? On dénonce toutes sortes de choses sur leurs conditions de travail. Pourquoi ne mentionne-t-on jamais les milliers de demandes d’entrée en médecine que reçoivent chaque année nos universités ? Pourquoi ne revoit-on pas les critères d’admission des écoles de médecine pour les assouplir? En fait, de ce côté, un petit progrès a été fait, mais il est si petit qu’il est difficile de le remarquer. Certaines écoles (dont McGill et Laval) donnent maintenant une chance à 3 étudiants par année n’ayant pas de formation scientifique, d’entreprendre leurs études en médecine. 3 étudiants par année. Dans 2 écoles sur 4.
À quand la résolution du problème de la pénurie à ce rythme-là ?!


Les expériences médicales complètement vides d’humanité sont beaucoup trop nombreuses. La médecine, par définition, s’intéresse aux maladies de l’être humain. Sous quel prétexte se permet-on de dissocier l’humanité de la médecine ?


On ne demandait qu’à être informés, mais on nous a froidement rabroués. Ces médecins qui interprètent mes échographies se sentent-ils insultés par notre simple connaissance de la prescription ? Ces médecins insensibles cachent-ils leur vulnérabilité derrière un voile de condescendance ?

Je m’arrête ici, avant de trop m’emporter ou m’éparpiller. La médecine est malade. À qui peut-on faire appel pour la soigner ?

Et sur ce… 2 semaines avant qu’une équipe médicale s’occupe de moi au cours de l’expérience la plus humaine que je vivrai jamais ! Par chance, toutes les qualités humaines ayant délaissé certains de nos médecins semblent s’être retrouvées en Dr. Josée.

mercredi 8 décembre 2010

Une expérience


L’expérience se ressemble d’une fois à l’autre. On apprend à ajuster leurs recommandations à la réalité, mais il y a certaines choses auxquelles on ne peut jamais s’habituer. Cette expérience se termine inévitablement de façon à nous laisser muets d’étonnement, seuls avec notre confusion.

À la prise du rendez-vous, on a bien pris soin de me rappeler le protocole qui demande l’ingestion de 3 grands verres d’eau 90 minutes avant l’échographie. J’arrive à l’heure. Anticipant les 120 minutes d’attente avant mon tour, je viens tout juste d’entamer le seul grand verre d’eau que je compte boire. Attendre deux heures, la vessie prête à éclater, pour ensuite se faire dire, à deux reprises, d’aller à la toilette car on a beaucoup trop bu… on ne fait l’erreur qu’une seule fois !

Je m’allonge sur la table d’examen. La technicienne répand le gel sur mon ventre et m’explique, avec le sourire et en prenant son temps, tout ce qu’on voit. On aperçoit le visage de bébé, on le voit qui suce son pouce. On cherche bien malgré nous à reconnaître le sexe, mais il est vrai qu’on a besoin d’une formation pour lire ces images !
Après une bonne quinzaine de minutes d’interactions courtoises, la technicienne termine en annonçant l’arrivée du Docteur.

C’est à ce moment précis qu’une légère nervosité s’installe. La visite de l’élite médicale se fait toujours très brièvement, dans un silence presque total. Il revient à elle de confirmer ou d’apaiser mes craintes… une césarienne sera-t-elle nécessaire ?

La Docteur en question pour la journée entre donc et se dirige directement vers son écran. Elle ne regarde les parents que si l’on ose insister en l’abordant nous-mêmes avec un bonjour et en la fixant du regard. Son regard à elle demeure impassible :

-  « Monsieur. Madame. »

Elle s’installe et prend des mesures… j’imagine que c’est ce qu’elle fait puisque rien ne nous est expliqué. Elle reprend sans cesse les mesures abdominales du bébé. Mon médecin m’a prescrit cet examen pour vérifier l’emplacement du placenta. Je suis nerveuse car l’éventualité d’une césarienne me terrorise. Mon chum se lance alors et ose s’adresser à ce mur d’hostilité que le médecin a dressé:

-  « En fait, la raison pour laquelle notre médecin a demandé une autre échographie, c’est pour connaître la position du placenta. »

Sur quoi elle se tourne enfin vers nous… aucune expression n’anime son regard… elle nous fixe d’un air impassible, soulève les sourcils vers le ciel en gardant les lèvres pincées et… quitte la pièce sans exprimer le moindre mot.

On fixe la porte d’un air pantois. Elle ne reviendra pas.

jeudi 2 décembre 2010

Ceci n'est pas une plainte!

À la recherche d’une position tolérable au cours de la nuit, je lève la jambe pour entamer la première des nombreuses étapes maintenant nécessaires pour me retourner, mais les couvertures du lit imitent parfaitement l’effet d’une masse en béton et les os de mon pubis se déchirent sous leur poids. Je me lève enfin plusieurs heures plus tard, épuisée des inconforts et des moments d’insomnie. Je sors marcher dans l’espoir d’apaiser mon besoin de plus en plus intense pour un minimum d’exercice. Je pointe alors la cheville pour enfiler ma chaussure et la crampe qui s’empare de la plante de mon pied semble résolue à y élire domicile. Dehors, mes muscles amollis se fatiguent rapidement, les arches de mes pieds continuent de cramper, le bas de mon dos ne fait plus le poids contre celui de mon ventre qui tire vers l’avant. Mon souffle est court, car bébé se permet une séance d’étirement au détriment de l’expansion de mes poumons. Mon bassin s’est maintenant complètement cisaillé en deux. La tête du bébé exerce une pression sur ma vessie d’un rythme très régulier et rapproché. Il y a un caillou dans ma botte, mais impossible de me pencher assez pour le déloger. Mon manteau est trop serré. J’ai chaud…

J’arrive à destination quelques minutes plus tard et, bien affalée sur mon divan suite à mon douzième passage à la salle de bain (l’après-midi n’est pas encore terminé), un souvenir précis se dessine devant moi… J’ai déjà signé un texte similaire. La chaleur, la douleur et la lourdeur d’un parcours difficile. C’était il y a quelques années, après une vingtaine de kilomètres de marche sans repos, sans eau, dans la poussière et sous le soleil cuisant du Malawi. Aujourd’hui, mon exploit consistait en une courte visite au marché du coin!

Moi qui souhaitais vivre cette maternité à l’image d’un grand voyage, me voilà exaucée! Épuisée, je revis avec une douce nostalgie ces moments passés où je traçais au sol de différents pays mon empreinte. À la recherche d’un train, d’une destination, j’ai trouvé des passagers. Ou bien est-ce que ce sont eux qui m’ont trouvé? Je prends conscience de toutes leurs empreintes et de la façon dont elles ont marqué mon parcours.

La maternité est peut-être le plus grand voyage que je puisse entreprendre, la recette se base sur les mêmes saveurs essentielles; un goûteux mélange d’inconnu, d’excitation, d’inquiétudes et de découvertes. Et peu importent les difficultés rencontrées, le beau côté des choses s’assure toujours de la plus grande place au cœur de nos souvenirs.

La prochaine escale approche.

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1,…