dimanche 29 septembre 2013

Des poèmes et des tapas

Normalement, à cette heure-là, je m’assois, j’ouvre un livre et à partir d’un texte et d’images que j’ai choisies parce que je les trouvais belles, j’invente une histoire à mon fils. Il y a des soirs où je me sens un peu plus fatiguée. Ces soirs-là, je lis. Simplement. Je n’invente rien.

Mais ce dernier vendredi, à la même heure, je me suis assise sur un banc du Théâtre de Quat’Sous, aux côtés de mon amie et j’ai écouté Thomas Hellman lire et chanter les poèmes de Roland Giguère, d’Eduardo Galeano et de quelques autres poètes aussi. À travers ses rythmes et ses mélodies, à travers les mots et les sonorités de ces poètes que je découvrais, j’ai écouté cet homme me raconter une partie de l’histoire du monde, de celle de l’Amérique et aussi celle du temps qui passe. Des émotions qui marquent nos histoires.

Il parlait et chantait au rythme d’une contrebasse, d’une guitare et parfois aussi d’un piano, d’un banjo, d’un harmonica. L’ambiance feutrée, le décor intime de la salle et la douce lumière qui en émanait, tout me donnait l’impression de retrouver à mon tour le rôle de l’enfant qui écoute. Ne manquait que quelqu’un contre qui me lover.

C’est le contrebassiste qui m’a le plus fascinée. Tout habillé de noir, une barbe assortie, que la peau sur le crâne. Chacun de ses gestes semblaient calculés et pas une seule seconde a-t-il perdu le contrôle de ses calculs. Tout au long du spectacle, il n’y avait que ses mains qui bougeaient. Il s’assoyait parfois pour laisser toute la place aux mots. Au moment de se relever, ses pieds se posaient chaque fois sur les mêmes empreintes. Lorsqu’il jouait, son regard, impassible, semblait fixer le vide. Il était en communion avec son instrument, imperturbable. Sa présence prenait pourtant toute son ampleur à travers ces gestes effacés. Ce n’est qu’à la toute fin, sous le poids des applaudissements, qu’un sourire s’est enfin dessiné sur son visage.

Et l’autre qui chantait, l’autre qui jouait du piano et l’autre qui parfois lisait. Et les poèmes et leurs mots et aussi leurs maux. Ils ont pendant plus d’une heure étouffé les cris de mon estomac creusé par la faim. Ce sont les tapas de chez Pintxo qui nous ont enfin rassasiées, un à un, dans toute leur finesse et leur succulence. 


C’est toujours agréable de sortir entre amies. Ça l’est encore plus quand on est maman et que ça nous arrive moins souvent qu’avant.

Et y a d'autres soirées sur d'autres beats

mardi 10 septembre 2013

Au revoir Pantine!


C'était il y a un an. Il l'appelait Pantine. Une grand-maman rousse qui accueillait un Laurier sceptique dans sa garderie en milieu familial. Au cours de cette dernière année, il a appris à se faire des amis, à blaguer avec Loïc avant la sieste, à jouer aux autos avec Léo et à se faire cajoler par la belle Raphaëlle. Il a même appris à aimer le brocoli, mais les miracles n'existent pas; Laurier est encore difficile à l'heure des repas. Il a aussi fait d’autres belles acquisitions, comme des expressions du genre « caca mou », « caca miel », « pet qui pue » et « gâteau plein de poils ». Bref, ce fut une année très enrichissante!

La semaine dernière, Bidou a sauté à pieds joints dans l’expérience du CPE ne se doutant pas de la permanence de l’expérience. Cette semaine, il y va plutôt de reculons, mais petit à petit, il accumule les progrès… si bien que cette année, sa grève de la faim n’aura duré que quelques jours! Sa nature un peu sauvage apprivoise donc tranquillement ce bain de socialisation qu’on lui impose, mais non sans nous infliger en retour ses humeurs tempétueuses!

Je profite du mieux que je peux de ces réticences au changement qui le ramènent à moi. Il se réfugiera de moins en moins souvent dans mes bras. Il continuera à franchir les étapes et à se distancier de nous. Bien vite, il roulera les yeux en réponse à mes commentaires de mère inquiète; il préfèrera les matchs entre amis aux sorties sportives avec son père; il choisira de voyager seul plutôt qu’avec ses parents; il déposera sa tête sur le sein d’une fille plutôt que sur l’épaule de sa mère.

Il commence déjà à tracer son chemin sans toujours suivre le nôtre. J’espère qu’il ne s’en éloignera pas trop, de ce chemin qu’on imaginera pour lui. Aujourd’hui, il me trouve insupportable lorsque je tente de le débarbouiller. Un jour, il me détestera de ne pas comprendre ses besoins d’adolescent tourmenté. Il rasera peut-être ses beaux cheveux juste parce que je l’aurai supplié de les garder. Peut-être rentrera-t-il trop tard à la maison, trop saoul ou trop gelé et s’endormira sur le divan après avoir vomi des traces de sa soirée. Peut-être sera-t-il « populaire » et président de son école. Ou bien plutôt solitaire et dans l’ombre, malgré toutes ses qualités. S’il tient de sa mère, il se posera mille questions quant à ce qu’il désire faire dans la vie. S’il tient de son père, il fera la même chose. Il nous demandera parfois conseils, mais ne les appliquera que rarement. Il fera des choix puis souhaitera en avoir fait d’autres. Un jour une fille lui brisera le cœur et ce n’est pas à moi qu’il voudra en parler.

Je sais bien qu’il trébuchera souvent et que je ne pourrai pas toujours l’aider à se relever. J’aime prendre le temps de baiser chacun de ses doigts lorsqu’il me pleurniche : « je me sis fait mal à la main! » Je sais aussi qu’il accomplira mille exploits et j’ai déjà commencé à afficher ses barbeaux sur la porte du frigo. Je ne sais pas ce qu’il deviendra et déjà j’oublie ce qu’il était parfois. Il est tellement de choses en ce moment que c’est bien assez comme ça.


Peu à peu, au fil des années, il ouvrira son cœur à des gardiennes, des éducatrices, des enseignants, des nouveaux amis, des petites amies, une meilleure amie. J’espère quand même qu’il m’y gardera toujours, bien tassée dans un p’tit coin.


Il y a un an

lundi 5 août 2013

Leçon d'anatomie No 4

 Après le vagin, le pénis, les fesses et les seins...

Je vais chercher Laurier au parc un soir. J’ai marché longtemps sous un soleil ardent. J’ai eu chaud et je porte une camisole. En me voyant, Bidou me sourit et ouvre les bras. Je le prends et l’embrasse sur le front.

-       « J’suis contente de te voir mon loup! »
-       « Maman, y a de l’eau en-tsous tes bras?! »


Un autre matin, l’Homme s’en va jouer au soccer. C’est toujours l’été et il fait encore chaud. Il revient un peu trempe et le visage bien rouge. Content de voir son père revenir, Bidou lui saute dans les bras et se fout le visage dans son cou :

-       « Aah papa… Tu pues! »

Et quand l’Homme a voulu coucher son fils le soir venu :
           
-       « Bonne nuit mon loup. Je t’aime. »
-       « Bonne nit! Moi aussi je t’aime, parce que tu pues! »

-      




dimanche 4 août 2013

Desfois le camping, ça se passe un peu moins bien

L’autre jour, on s’est dit : « Wow! C’était tellement le fun en camping, y faut qu’on y retourne! »

Et c’est ce qu’on a fait. On a réservé un camping sauvage dans Lanaudière, au cœur d’un site enchanteur, creux, très creux dans les bois.

On devait tout préparer le jeudi soir afin de partir juste après le travail vendredi après-midi pour profiter au maximum du weekend. Nos amis seraient déjà sur les lieux et s’occupaient du souper. On devait passer 2 douces nuits dans la fraîcheur des bois et d’heureux moments au pied des chutes. On devait jouer de la guitare autour du feu et manger des guimauves et des hamburgers. On devait s’amuser, se promener un peu, se baigner et surtout, se reposer. C’était un plan parfait. Sauf que…

Sauf que le jeudi soir, j’étais malade et Thierry jouait au soccer. J’ai toussé toute la nuit jusqu’à m’en étouffer et j’étais complètement épuisée le lendemain. On n’a rien pu préparer.

Sauf que le vendredi après-midi, quand j’ai voulu déplacer l’auto pour la paqueter, elle ne partait pas. Il a fallu faire venir le CAA et retarder le départ. Et quand on est enfin partis, avec quelques items oubliés dans le chaos du paquetage pressé, Bidou avait faim. Alors il s’est enfilé un bon paquet de petites carottes qu’il a ensuite vomies sur ses vêtements et son banc d’auto… Et on n’a pas vraiment pu laver le banc d’auto.

Sauf qu’on est arrivés tard et que Laurier était fatigué et n’avait pas vraiment soupé. Il était chigneux et ne voulait pas se coucher ailleurs que dans notre tente. Alors on n’a pas réussi à le coucher dans le gîte de nos amis et les gars sont allés monter la tente à la noirceur. On n’a pas veillé. On ne s’est pas reposés non plus ce soir-là. Et même s’il s’était couché vraiment tard, mon petit loup s’est levé aux aurores, irritable comme pas un. Et le samedi soir, l’irritabilité maximisée, il a fait un doublé.

Sauf que malgré plus d’une heure dans la tente, malgré moi qui tentait de dormir à côté, malgré sa fatigue profonde, Laurier n’a pas fait de sieste. Il a plutôt fait 25 fois le tour de la tente. Il a tourné sur lui-même. Il a déplacé toutes les couvertes, les vêtements, les sacs. Il a parlé, chigné, crié. Il n’a pas fermé l’œil.

Sauf que moi aussi j’ai mal dormi. J’ai toussé toutes les nuits jusqu’à m’époumoner. Je me suis réveillée épuisée.

Alors, le dimanche matin, alors que les autres n’étaient pas encore levés, j’ai regardé mon homme et j’ai dit : « Mon amour, on s’en va. J’suis fatiguée. »


Desfois le camping, ça se passe un peu moins bien.