mercredi 19 mars 2014

Suggestion lecture

Il y a deux choses que je préfère plus que tout faire avec mon fils : lire et me coller contre lui. Comble du bonheur, l’un accompagne souvent l’autre.

Tous les jours, des mots et des images de chevaliers, de pompiers ou de pirates sont lus et admirées. Fils est à l’âge où il ADORE lire et relire et lire encore (et encore!) la même histoire. Le soir, pour m’éviter les sirènes de pompiers à répétition, nous avons une entente : il choisit un livre et moi l’autre.

Depuis quelques semaines, mon choix s’arrête chaque soir sur la poésie à la fois douce et profonde de La maison en petits cubes. Si je ne m’empresse pas de sélectionner cette histoire primée, Fils, lui, insiste sans hésiter!

Le livre est une œuvre de Kenya Hirata et Kunio Katô, tirée de leur court-métrage d’animation, récompensé dans des festivals du monde entier. Il raconte la vie d’un vieux monsieur à travers la visite de toutes les maisons qu’il a construites au fil des années, « les unes par-dessus les autres, comme une pile de petits cubes ». Avec la montée des eaux, chaque maison et les souvenirs qu’elle contient se voient submergés. Le monsieur doit chaque fois bâtir une nouvelle demeure par-dessus la précédente, se rapprochant ainsi du ciel pour continuer à vivre.

L’histoire en est une à la fois d’espoir et de nostalgie et les aquarelles de Kunio Katô illustrent magnifiquement bien la complémentarité de ces émotions. Des images feutrées et délicates qui font facilement rêver.

Une œuvre sublime! À découvrir bien collés…


mercredi 12 mars 2014

Les grandes plaidoiries

Fils vs Maman

Négocier. Je n'ai jamais vraiment aimé, ni excellé. Mais ces temps-ci, je me pratique beaucoup... avant les repas, avant de se brosser les dents, avant de s'habiller, avant de se déshabiller, avant de partir, avant de revenir et bien sûr, avant de se coucher. Pour gagner ces rondes de négociations, je me dois d'être déterminée, patiente et surtout, plus obstinée que lui.

Desfois, mes arguments s'éloignent un peu de ceux proposés par les experts:

-       Vient t’habiller mon loup. Faut y aller là. (pour la 7e fois)
-       NON! (pour la 7e fois aussi)
-       Allez mon loup! Quand maman demande quelque chose gentiment, on obéit gentiment. 
-       NOOOOOON!
-       Si tu viens t’habiller tout de suite sans chigner, j’te donne une bine au chocolat!

Mais je ne suis pas la seule à parfois me laisser aller aux stratégies douteuses :

-       Vient t’habiller mon loup. Faut y aller là.
-       NON.
-       Allez mon loup! Quand maman demande quelque chose gentiment, on obéit gentiment.
-       NOOOOOON!
-       Bon. Là, je compte jusqu’à 3. Si à 3, t’es pas venu me rejoindre pour t’habiller, tu vas aller réfléchir.
-       1… 2… 3.
-      
-       Bon. Réfléchis 2 minutes à comment tout ça pourrait mieux se passer. (Je le prends pour l’emmener dans sa chambre réfléchir)
-       Maman… je t’aime gros comme L’UNIVERS! Pour toute la vie!
-       C’est quoi ça? De la manipulation?
-       Oui.
-       Ouin… J’espère que tu vas bien t’en servir de ton intelligence.

Je laisse faire la punition. Il s’habille enfin. Je suis à la fois amusée par sa ruse et exaspérée par son attitude. Je sais que la prochaine confrontation ne tardera pas.

-       Allez minou. Ouvre ta bouche. On se brosse les dents.
-       Non. (Il ferme la bouche, s’en va, revient brièvement la bouche toujours fermée, s’assoit par terre, s’en va à nouveau,…)
-       Ok. On arrête le niaisage là. Allez!

Ça dure depuis 5 à 10 minutes. La scène se répète. Il s’approche, monte sur le tabouret, ouvre la bouche et se tient droit. Il me donne le faux espoir d’une exécution parfaite. Au moment où la brosse à dents s’approche de sa bouche, il la referme. Il me regarde avec un sourire pincé et tourne la tête d’un côté, puis de l’autre, de façon à éviter l’instrument.

Ma tension monte. Je suis comme un Presto. Je bouillonne en-dedans, mais je laisse la vapeur s’évacuer lentement. Je respire. Je réfléchis à la prochaine étape. Je sais que j’ai déjà tout essayé ce que les livres, les sites, les experts et les autres mamans proposent : l’application de stratégies de diversion, mener par l’exemple, le renversement humoristique de la situation, différentes formes de récompenses, le discours éducatif et explicatif, les menaces et leur exécution réelle, la punition et le temps de réflexion.

Depuis quelques temps, beaucoup de nos échanges se traduisent en négociations infructueuses ou plaidoyers de marchandage et se terminent par l’argument ultime d'un temps de réflexion. Beaucoup trop de minutes se perdent quotidiennement dans ces argumentations oiseuses et j’y perds, avec chacune d’elles, une fraction de ma patience. Il ne m’en reste alors que très peu pour celle qui couronne chacune de nos journées :

-       Il est bientôt l’heure d’aller se coucher ti-chat.
-       NOOOON! Je sis pas fatigué. Je veux pas me coucher.
-       Faut dormir mon loup. Pour être en forme pour demain. Ça fait du bien de se reposer un peu tsé.
-       NON! Moi je sis JAMAIS fatigué. Je dors jamais!
-       Tout le monde a besoin de dormir un peu. Même les meilleurs chevaliers du monde font dodo la nuit. Les pirates aussi. Même les super-héros!
-       Ben. Les chevaliers, pis les pirates, pis les super-héros y font dodo, mais pas moi! Moi je dors debout. Les yeux ouverts. J’ai pas besoin d’aller dans mon lit.
-      

mardi 4 mars 2014

La chevalerie

Maman. Dans la vie, on a toujours une lance et une épée.

            - Mon fils, 3 ans


Il y en a qui entretiennent une fascination pour les trains ou les super-héros, d’autres semblent complètement envoûtés par les princesses ou les poupées. Depuis quelques mois, des idées chevaleresques habitent les rêves et les pensées de mon fils. Il aurait même obtenu d'un roi son brevet : Sir Laurier de Rosemont du Moyen Âge de la Table Ronde. La cérémonie d’adoubement fut probablement célébrée autour d’un repas royal, le tout bien arrosé de ketchup.

Sir Laurier peut transformer tout objet en lance, en épée ou en poignard simplement en posant son regard dessus. À la garderie, interdiction de jeux violents oblige, il utilise une baguette de pain pour lance et une carotte pour épée. Autour de la table, son bavoir devient son armure et même la banane se métamorphose en cheval au moment où ses doigts s’y posent à la manière d'un cavalier. Toutes les filles deviennent des princesses et toutes les excuses sont bonnes pour entamer un combat. Les méchants sont imaginaires et apparaîssent n’importe où, n’importe quand.

Les enfants nourrissent-ils tous de telles obsessions?

En discutant avec d’autres parents, eux aussi contraints à partager leur quotidien avec ces manies envahissantes, nous en sommes venus à nous demander s’il était mieux de freiner leurs élans ou encore de leur faire plaisir en se prêtant au jeu?

Je veux bien me prêter un peu au jeu. J’en profite pour l’intéresser à la lecture en empruntant des histoires de chevaliers à la bibliothèque du quartier. Je lui apprends que les chevaliers sont braves, courtois et généreux. Je tente de développer chez lui un certain intérêt pour le bricolage et le dessin en dessinant des châteaux et en bricolant des armures, mais semble-t-il que j'atteigne, avec cette dernière tentative, les limites de son obsession!

Ce que j’aime moins et que je tente de freiner, mais en vain, c’est son attrait pour les armes, les combats, la violence. Cet intérêt s’est immiscé sournoisement en lui et prends maintenant une place déroutante dans notre quotidien. Je m’expose fréquemment à des dialogues plutôt perturbants :

-       Ah maman! Un méchant. Là-bas. Je vais aller l’attaquer!

Jusqu’à maintenant, ça va. Il court vers un fantôme et revient victorieux quelques secondes plus tard.

-       J’ai gagné maman! Le méchant est mort. Je vais le mettre en prison.

Okay, ça passe encore : on combat les méchants et on les emprisonne. Mais ça ne s’arrête plus là…

-       Maman! Le méchant est en prison. J’ai coupé sa tête et ses jambes avec mon épée.
-       Ouin. Tsé mon loup, c’est assez de les mettre en prison les méchants. On n’est pas obligé de les démembrer en plus.
-       Je vais aller prendre la torche et le brûler! Ah!
-       Woah! C’est donc ben violent ça! Où t’es allé cherché ça ces idées là?
-       De moi.
-       Moi j’aimerais mieux que tu te contentes de les mettre en prison okay?
-       Oh maman! Là-bas! Y a un autre méchant. En garde!
-      

Rien à faire pour le convaincre de pacifier ses interventions. Une telle violence est-elle innée chez tous les garçons? Il est pourtant plutôt doux dans ses relations avec les autres et n’est jamais exposé à des scénarios de ce genre. Je tente du mieux que je peux de radoucir son jeu à travers mon dialogue et ma façon de jouer avec lui, mais cet intérêt pour la bataille sans pitié revient constamment balayer la tranquillité de mes scénarios.


J’avoue que ses idées me troublent parfois, mais il y a d'autres moments où mon valeureux combattant me bouleverse autrement...

- Maman, toi t'es la plus belle princesse du monde et moi je suis ton chevalier. Je vais te protéger.

Quand ses charmes visent mon coeur, ils manquent rarement leur cible. Je me surprends à trouver plutôt attendrissante sa lubie de chevaliers.