Fils
vs Maman
Négocier. Je n'ai jamais vraiment aimé, ni excellé. Mais ces temps-ci, je me pratique beaucoup... avant les repas, avant de se brosser les dents, avant de s'habiller, avant de se déshabiller, avant de partir, avant de revenir et bien sûr, avant de se coucher. Pour gagner ces rondes de négociations, je me dois d'être déterminée, patiente et surtout, plus obstinée que lui.
Desfois, mes arguments s'éloignent un peu de ceux proposés par les experts:
-
Vient t’habiller mon loup. Faut y aller là. (pour la 7e
fois)
-
NON! (pour la 7e fois aussi)
-
Allez mon loup! Quand maman demande quelque chose
gentiment, on obéit gentiment.
-
NOOOOOON!
-
Si tu viens t’habiller
tout de suite sans chigner, j’te donne une bine au chocolat!
Mais je ne suis pas la seule à parfois me laisser aller aux stratégies douteuses :
-
Vient t’habiller mon loup. Faut y aller là.
-
NON.
-
Allez mon loup! Quand maman demande quelque chose
gentiment, on obéit gentiment.
-
NOOOOOON!
-
Bon. Là, je compte jusqu’à 3. Si à 3, t’es pas venu me
rejoindre pour t’habiller, tu vas aller réfléchir.
-
1… 2… 3.
-
…
-
Bon. Réfléchis 2 minutes à comment tout ça pourrait
mieux se passer. (Je le prends pour l’emmener dans sa chambre réfléchir)
-
Maman… je t’aime gros
comme L’UNIVERS! Pour toute la vie!
-
C’est quoi ça? De la manipulation?
-
Oui.
-
Ouin… J’espère que tu vas bien t’en servir de ton
intelligence.
Je
laisse faire la punition. Il s’habille enfin. Je suis à la fois amusée par sa
ruse et exaspérée par son attitude. Je sais que la prochaine
confrontation ne tardera pas.
-
Allez minou. Ouvre ta bouche. On se brosse les dents.
-
Non. (Il ferme la bouche, s’en va, revient brièvement
la bouche toujours fermée, s’assoit par terre, s’en va à nouveau,…)
-
Ok. On arrête le niaisage là. Allez!
Ça dure depuis 5 à 10
minutes. La scène se répète. Il
s’approche, monte sur le tabouret, ouvre la bouche et se tient droit. Il me
donne le faux espoir d’une exécution parfaite. Au moment où la brosse à dents
s’approche de sa bouche, il la referme. Il me regarde avec un
sourire pincé et tourne la tête d’un côté, puis de l’autre, de façon à éviter
l’instrument.
Ma
tension monte. Je suis comme un Presto. Je bouillonne en-dedans, mais je laisse
la vapeur s’évacuer lentement. Je respire. Je réfléchis à la prochaine étape.
Je sais que j’ai déjà tout essayé ce que les livres, les sites, les experts et les autres
mamans proposent : l’application de
stratégies de diversion, mener par l’exemple, le renversement humoristique de
la situation, différentes formes de récompenses, le discours éducatif et
explicatif, les menaces et leur exécution réelle, la punition et le temps de
réflexion.
Depuis
quelques temps, beaucoup de nos échanges se traduisent en négociations
infructueuses ou plaidoyers de marchandage et se terminent par l’argument
ultime d'un temps de réflexion. Beaucoup trop de minutes se perdent quotidiennement dans
ces argumentations oiseuses et j’y perds, avec chacune d’elles, une fraction de
ma patience. Il ne m’en reste alors que très peu pour celle qui couronne
chacune de nos journées :
-
Il est bientôt l’heure d’aller se coucher ti-chat.
-
NOOOON! Je sis pas fatigué. Je veux pas me coucher.
-
Faut dormir mon loup. Pour être en forme pour demain.
Ça fait du bien de se reposer un peu tsé.
-
NON! Moi je sis JAMAIS fatigué. Je dors jamais!
-
Tout le monde a besoin de dormir un peu. Même les
meilleurs chevaliers du monde font dodo la nuit. Les pirates aussi. Même les
super-héros!
-
Ben. Les chevaliers, pis les pirates, pis les
super-héros y font dodo, mais pas moi! Moi je dors debout. Les yeux ouverts.
J’ai pas besoin d’aller dans mon lit.
-
…