jeudi 14 mars 2013

Des taches de boue


-       Oh wow! Regade maman le ciel est bleu! C’est très beau ça maman!

On se dirigeait, à vélo, sous un soleil plombant, vers la cabane à sucre urbaine du parc Molson. Une merveilleuse journée de printemps; de celles qui nous dévoilent la blancheur des cuisses de quelques enthousiastes, paradant en gougounes et en short sur les rues du quartier. À peine étions-nous sur place qu’on nous offrait un bon petit plat de bines dans le sirop :

-       AAAAAHHHH!

Laurier venait de goûter. Je crois qu’il n’a même pas eu le temps de refermer la bouche avant de me crier son dégoût. Sa bouchée recrachée, étendue sur son foulard, il se frottait la langue avec sa mitaine, en pleurant, tentant d’éradiquer toute trace de cette chose qui l’avait tant répugné.

Quand enfin il réussit à se remettre de cette malheureuse expérience culinaire, nous nous trouvions à l’entrée du tipi. Un grand chef, coiffé d’un impressionnante plume et entouré de ses collections de peaux, d’outils et d’armes d’un temps passé, nous y accueillait. Sous son air sérieux, on devinait l’esquisse d’un sourire, mais Laurier sembla y lire autre chose. Il se retourna vers moi :

-       « Est-ce que on retourne à la maison maman? »

Mais bien sûr, nous sommes restés plus de quelques minutes à la fête. Et Laurier a fini par faire la paix avec ses origines. Il s’est gavé de crêpes au sirop. Il a dansé sur les airs de « Alouette », chantée par un monsieur avec un chapeau de castor, une ceinture fléchée et accompagné de sa guitare. Il a mangé, assis sur une botte de foin, une boule de tire d’érable presqu’aussi grosse que son poing. En réalité, il en a mangé une toute petite partie, il en a mis une plus grosse sur nos vêtements, dans mes cheveux et sur ses mains et me l’a redonnée alors qu’elle semblait tout aussi volumineuse qu’au début.

Nous sommes ensuite allés au parc dépenser toute cette énergie brute. Les modules abondaient de petits fous sur un rush de sucre. Les amis de Laurier jouaient au restaurant, assis autour d’une table cachée, mais lui s’en foutait éperdument : il avait découvert une immense flaque d’eau dans laquelle sauter. Je le laissais faire, ignorant les remarques d’autres parents qui jugeaient mon manque de discipline. Le temps était doux; une journée parfaite pour les flaques d’eau du printemps, les mitaines mouillées et les taches de boue sur les joues.


samedi 2 mars 2013

J'avoue, j'ai peur du hockey





- Aimes-tu mieux le ski ou le patin mon loup?
- ...
- Ou les deux?

- … LES DEUX!

Mon esprit se détend aussitôt. Tout n’est donc pas perdu! Mon destin de mère ne sera peut-être pas confiné aux arénas du quartier et des régions autour. Je ne côtoierai peut-être pas de ces parents fous qui nourrissent leur furie compétitive à même le coup de patin de leur enfant. Le kilométrage de ma voiture tournera peut-être pour autre chose qu’une liste de tournois à aller gagner.

Des fausses idées, de la généralisation, des préjugés? Peut-être.

De la dramatisation? Probablement. N’empêche, j’imagine une vie qui pourrait être la mienne et les images se bousculent et elles défilent sans que rien ne puisse les arrêter…

C’est le jour de la marmotte. Je me lève avant l’aube, épuisée des semaines qui s’enchaînent et se ressemblent, pour aller conduire mon pré-ado à sa pratique de hockey. Je l’attends sur les estrades, à l’écart de ces pères fâchés parce que l’entraîneur n’accorde pas assez de temps de glace à leur fils, talentueux mais ralenti par le poids de leur projection. Derrière la vitre de la patinoire, je m’évade un peu avec une bonne lecture mais, entre chaque paragraphe, mes yeux reviennent chercher le numéro de mon fils. Il est plus petit, mais meilleur que bien d’autres. Je suis fière de lui. Le weekend, je conduis même jusqu’à Mont-Laurier, la valise pleine de son stock de hockey. Tout au long de la route, des montagnes, des forêts, du ski alpin, du ski de fond, de la raquette… la nature. Dans la voiture, ma mélancolie, passagère invisible, noyée par une musique que Laurier insiste pour écouter. Le café tiède de l’aréna m’aide à combattre la fatigue accumulée sur la route et au fil des années. Puis je l’encourage, encore, toujours, assise sur une autre estrade, dans une autre aréna humide et sans fenêtre, un autre livre entre les mains.

Ce scénario, en plus d’une dizaine d’autres semblables, se projette en images et en émotions au fond de ma tête presque chaque fois que Laurier s’enthousiasme à l’idée de jouer au « yockey ». Mon appréhension est peut-être irrationnelle, mais la vision a pourtant quelque chose de bien réel. Je redoute ces rêves de hockey car je crains de devoir y laisser les miens.

Mais Laurier adore patiner et jouer au hockey. À en oublier la fatigue, le froid ou la faim. Et sans même qu’on ne l’ait encouragé. S’il rêve de jouer au hockey, je ne freinerai pas ses ambitions. Je l'inscrirai, à contre-coeur, au nom de son bonheur. Mais en attendant, égoïstement, je l’encourage chaque fois qu’il s’intéresse à autre chose.

En février, c’est au ski que nous l’avons initié. On monte ensemble sur un tapis roulant, puis on descend, lui suspendu bien confortablement au bout de nos bras. On passe au travers des spaghettis. Ses skis à lui frôlent à peine la neige et son casque trop grand se déplace constamment. Arrivé en bas, il ne dit rien. Il sourit. Puis, au bout de quelques secondes :


« Encore! »
À la patinâre de yockey
En ski
Autres plaisirs de l'hiver