Tout
ce qui touche la vie concerne aussi la mort. Difficile de ne pas penser à Mai
Duong. Elle continue d'apparaître sur mon Feed. J’ai déjà signé ce que je peux signer. J’ai aimé la page de Mai et je ne sais pas comment en faire plus.
J’ai
au verso de ma carte soleil l’autocollant autorisant le prélèvement de mes
organes. J’ai aussi, depuis longtemps, complété toutes les étapes pour le don
du sang de cordon au moment de mon accouchement. Mais ma peau est blanche et
celle de mes bébés teintée de rose ou de pêche.
Je
traîne difficilement mes pieds jusqu’au bout de mon entrée alors je continue de
me promener dans mon esprit. Desfois, quand je prends des marches dans ma tête,
j’aboutis par hasard dans un endroit intéressant. En le quittant, je jette
alors des miettes par terre en espérant retrouver le chemin de mon idée, mais
y semble toujours y avoir un oiseau pour les manger. Je pense que souvent cet
oiseau s’appelle Laurier.
L’autre
jour, j’ai fait du ménage. Je me sens particulièrement prête à accoucher quand
la maison est propre. Mais ma maison ce n’est pas la nature et la nature se
fout bien de mon horaire domestique.
J’ai
lavé mes planchers. Tous les draps. Les plantes sont arrosées. Le linge est
rangé. Ça ne veut pas dire qu’il est plié. Je n’aime pas plier et je ne repasse
jamais. La vaisselle est lavée. Quelle différence pour le bébé si le ménage a
été fait la veille ou si la poussière s’accumule dans les coins? Chaque fois
que je termine un gros ménage, je souhaite secrètement que cette propreté soit
éternelle. Que c’est fait! Mais c’est
toujours à recommencer.
Je
voudrais perdre mon temps. Allègrement. Laisser s’écouler les minutes en
attendant. Sans que mon corps ne me rappelle tous ses inconforts. J’irais
danser. Je marcherais jusqu’au sommet d’une montagne juste pour voir loin. Me
distancer de mon corps avant de le réintégrer brutalement pour mettre au monde
mon enfant.
Mon
grand est né à l’hiver. Le froid, la neige, la glace. Ça me semblait être un
bon moment pour naître. Cette fois-ci j’accouche l’été. Je trouve que la saison
est parfaite. Surtout si la naissance me préserve de ma capacité à marcher. Je
pourrai me promener au parc. Bébé dans un landau sous sa mousseline de marque
ordinaire. Mon grand protégé du soleil par une crème sans nom, pas destinée
spécifiquement aux enfants.
J’accouche
dans une maternité non-climatisée. Avec des oreillers et des matelas en
plastique. Je dois penser à apporter mes propres coussins. Je
n’avais pas à penser à ça, en accouchant au mois de janvier. Bébé collé sur ma
peau. Ce sera peut-être un temps de canicule. Il fera chaud. Ça reste mille
fois mieux que de séjourner sur un étage de greffés, même s’il est climatisé.
Apportez nous quelque chose de frais si vous venez nous visiter.
Je
n’angoisse pas sur l’état de santé de mon bébé. C’est ce que je souhaite,
évidemment. Mais ce n’est pas ce à quoi je pense si j’envoie une pensée vers le
ciel ou si je ferme les yeux à 11 :11 et que je retiens mon souffle
jusqu’à ce que la minute tourne. Devrais-je me questionner sur mes priorités?




