mardi 11 juin 2013

Leçon d'anatomie No.3

Laurier est encore jeune et comme parents, on continue de s’offrir le luxe de dormir tout nu. Quand il m’appelle le matin, la voix pleine d’urgence, je ne m’habille pas toujours avant d’aller le rejoindre. J’appréhende le jour où, pour Bidou, le malaise de voir sa mère nue tassera d’un revers de main la simple joie de voir arriver sa maman. Ce sera signe qu’il vieillit, que je vieillis. Signe qu’une certaine distance doit s’installer.

Mais sa petite voix qui me parlait l’autre matin m’a démontré que ce malaise ne l’avait pas encore rejoint. Je changeais sa couche et je n’avais pas enfilé mon chandail. Laurier, en fixant mes seins, me questionnait d’un air nonchalant :

« Maman, c’est quoi les 2 grosses boules? »

J’ai d’abord été surprise. Jamais jusqu’à ce matin là avait-on ainsi décrit le gabarit de ma poitrine. Puis j’ai enchaîné, me disant qu’il faut bien dire la vérité aux enfants :

« C’est mes seins mon loup. Mais sont pas vraiment gros. Tu les trouves gros toi? »
« Oui. Y sont gros coooommmme ça! »

Ouvrant d’abord grand les bras, ses mains se sont refermées sur un espace que je ne qualifierais pas seulement de petit, mais de minuscule. Un peu comme quand on referme son poing autour de son oeil pour imiter un petit téléscope. Adieu, cette image de moi avec des seins pulpeux!

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Quelques jours plus tard, Laurier m’écoutait raconter l’anecdote à ma famille. Il souriait. Un sourire moqueur avec un air de « j’ai quelque chose à dire là-dessus moi! » Il a attendu la fin pour s’exclamer, tout en tirant sur mon chandail :


« Montre-les! »

L'heure du malaise est peut-être à nos portes!