Laurier est encore jeune et comme parents, on continue de
s’offrir le luxe de dormir tout nu. Quand il m’appelle le matin, la voix pleine
d’urgence, je ne m’habille pas toujours avant d’aller le rejoindre. J’appréhende
le jour où, pour Bidou, le malaise de voir sa mère nue tassera d’un revers de
main la simple joie de voir arriver sa maman. Ce sera signe qu’il vieillit, que
je vieillis. Signe qu’une certaine distance doit s’installer.
Mais sa petite voix qui me parlait l’autre
matin m’a démontré que ce malaise ne l’avait pas encore rejoint. Je changeais
sa couche et je n’avais pas enfilé mon chandail. Laurier, en fixant mes seins,
me questionnait d’un air nonchalant :
« Maman, c’est quoi les 2 grosses
boules? »
J’ai d’abord été surprise. Jamais jusqu’à
ce matin là avait-on ainsi décrit le gabarit de ma poitrine. Puis j’ai
enchaîné, me disant qu’il faut bien dire la vérité aux enfants :
« C’est mes seins mon loup. Mais sont
pas vraiment gros. Tu les trouves gros toi? »
« Oui. Y sont gros coooommmme ça! »
Ouvrant d’abord grand les bras, ses mains
se sont refermées sur un espace que je ne qualifierais pas seulement de petit,
mais de minuscule. Un peu comme quand on referme son poing autour de son oeil pour imiter un petit téléscope. Adieu, cette image de moi avec des seins pulpeux!
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Quelques jours plus tard, Laurier
m’écoutait raconter l’anecdote à ma famille. Il souriait. Un sourire moqueur
avec un air de « j’ai quelque chose à dire là-dessus moi! » Il a attendu
la fin pour s’exclamer, tout en tirant sur mon chandail :
« Montre-les! »
L'heure du malaise est peut-être à nos portes!