« Jamais j’veux repasser un autre
congé de maternité à gérer une recherche de maison, un déménagement et des
rénos! »
- Moi, à mon premier congé de
maternité
Dans ce temps-là, le parc immobilier de
Montréal jouait la surenchère et les propriétés affichées à l’aube se vendaient
toujours avant le coucher du soleil. Mais on avait quand même fini par la trouver
notre maison, après plus d’un an de recherches, de course, à qui arrivera le
premier. Elle était petite, mais on avait une vision. Chéri faisait les dessins
du nid qu’on imaginait pour notre famille... On ouvrirait 2 murs, on ferait entrer
la lumière en posant de grandes fenêtres. On jouerait dans la cour avec nos
p’tits. On y recevrait nos amis. Le loyer d’en haut n’était pas vraiment payant,
mais la vieille madame qui l’habitait était justement ça, vieille, très
vieille. Et on se disait qu’elle serait sûrement pu là longtemps. Qu’on
rattraperait ensuite le prix du marché. Le coin était tranquille, l'école juste en face et le boulot accessible à pied ou à vélo. Le poulet jamaïcain sur le coin sentait bon la grillade et les soupes tonkinoises sur l'autre coin goûtaient bon aussi.
Elle était
belle notre vision! On y croyait, on la chérissait.
On
l’avait même nommée, notre maison : La Maison du
Laurier. On a signé l’offre. Laurier est né pas longtemps après. On a mis
quelques semaines pour s’adapter à notre nouveau statut de famille et on a
commencé à faire des boîtes. On est passé chez le notaire et là Chéri a pris
son congé de paternité pour faire les rénos. Il a travaillé sans répit pendant
des semaines. Il partait tôt le matin et revenait tard le soir. Je m’occupais
du p’tit et de faire à manger à mon homme et ceux qui l’aidaient. Tout notre
entourage a mis la main à la pâte. Famille. Amis. Une fois, deux fois, tant de fois. C’était beau et inspirant tout l’amour qu’y se donnait
là-dedans. Ce n’est pas pour rien que c’est si difficile de quitter et que la nostalgie s’empare de moi quand je me plonge dans ce printemps d'il y a 3 ans… La Maison du Laurier
On n’a pas eu le temps, ni les moyens de
faire tout ce qu’on espérait. « Pas grave », qu’on s’est dit, on le
fera l’année prochaine. Mais les mois et maintenant 3 années ont passés. Les embûches se sont accumulées. L’enthousiasme
s’est usé.
On n’a jamais pu défoncer le deuxième mur
qu’on avait espéré ouvrir. Trop cher pour le faire faire. Trop blessés pour le
faire nous-même. J'ai réduit mon salaire, portée par mon rêve d'écriture. Et le loyer est resté trop bas pour nous aider à tout concrétiser. La lumière n’a jamais trouvé son chemin jusque dans
notre salon. On fait TOUT dans ce petit espace sans ouverture vers l’extérieur :
jouer, relaxer, vivre, manger, travailler, étudier… Ça finit par te rentrer
dedans. Un quotidien dans l'ombre assombri l'humeur de ceux qui le vivent.
L’été, la cour devenait délivrance. Mais la saison ne dure pas longtemps.
Et là une autre vie s’est formée dans mes
entrailles. Le p’tit frère arrive cet été. On avait le choix entre vendre et
s’en aller, ou se tasser dans l’opacité de notre p’tit salon. On a décidé de
vendre, malgré des conditions sous-optimales. Un marché ralenti. La locataire
d’en haut qui vient de fêter ses 94 ans et ne paye pas plus cher qu’à 90 ans. Ça
a limité tous les efforts investis il y a 3 ans à une marge de profit dérisoire.
On a vendu comme ça. Le prix d’un bon karma?
Soulagement. Joie. Nostalgie. Deuil d’un
projet de vie. Surtout un espoir de lumière dans nos vies.
Ainsi je me retrouve à la veille de mon
deuxième (probablement dernier) congé de maternité à devoir de nouveau « gérer
une recherche de maison, un déménagement et des rénos! »
On se retrouve à la rue dans 8 semaines.
J’accouche dans 10 semaines.
Mon besoin de nidification est mis à rude
épreuve. On me demande le nom de l’enfant à naître… peu m’importe le nom :
cet enfant là n’a pas de maison! Je n’arrive plus à écrire. Je vole dans tous
les sens, un peu affolée! J’implore mes étoiles de s’aligner. Je m’agenouillerai
bientôt devant St-Jude pour le prier!
Je rêve d'une maison, d'une fenêtre dans mon salon et d'un fauteuil où je pourrais m'asseoir et lire un livre à la lumière du jour.
Je rêve d'une maison, d'une fenêtre dans mon salon et d'un fauteuil où je pourrais m'asseoir et lire un livre à la lumière du jour.
Comment régler ma montre à l’heure de la
providence?