vendredi 15 février 2013

L'amour, c'est faire son possible

Mes p'tits coeurs, avant que ça se gâte!

Hier, c'était la St-Valentin.

Je n'ai pas publié de photos de chatons "cute" sur Facebook.
Je n'y ai pas publié non plus la photo d'un souper aphrodisiaque cuisiné par mon amoureux.
Je n'ai pas mangé de chocolat. Sauf un, que j'ai à peine goûté car il avait eu si chaud que sa moiteur me donnait mal au coeur.
Assistant Chef-cuisinier
Et, j'ose l'avouer, je n'ai même pas fait l'amour à mon chum.

Pourtant, l'amour était bien là, tout autour de moi, en cette journée rouge et rose où le bonheur des uns et des autres fait compétition sur Facebook.

L'amour, c'est mon homme qui a laissé tombé son souper d'affaires pour venir partager avec Bidou et moi le souper que j'avais raté, même si j'y avais mis du coeur.

L'amour, c'est Laurier qui pense au bien-être de son papa, au moment où il s'apprête à le rejoindre dans le bain: "Non papa, prends pas ce côté-là, tu vas avâr mal au dos. Prends celi-là".

L'amour, c'est mon petit bonhomme qui se fout complètement de m'offrir cette rose en papier, bricolée par la gardienne et noyée de son parfum, mais qui demande à tenir ma main quand on marche vers la maison.

L'amour, hier, c'était aussi préparer des chips de betteraves en forme de coeur pour fiston...

Je me disais qu'un bouquet de chips mauves, pour lui, ce serait toute une preuve d'amour. Je les ai coupées. Il m'a aidé à les "peinturer". Il aimait bien l'idée et me souriait: "Mmmm! C'est bon ça!"

Puis je les ai mises au four. Mais comme il fallait attendre qu'elles refroidissent à l'intérieur du four, la nuit était déjà bien avancée lorsqu'elles furent enfin prêtes. Laurier était couché. Mon homme et moi aussi, épuisés d'une semaine chargée de projets et pimentée d'insomnie. On s'en régalerait le lendemain.

Mais voilà, ce matin, j'ai allumé le four pour y réchauffer un croissant. L'épaisse fumée qui s'en est échappée m'a vite fait comprendre que pour les chips, c'était raté. Je les avais oubliées. Plutôt qu'un bouquet de chips couleur bonbon, j'avais devant moi une série de coeurs ratatinés, brûlés, saignés.

À ma petite famille que j'aime, j'ai cuisiné l'amour à mort, avec un goût cendré.

L'amour, desfois, c'est faire son possible.

Mes croustilles ratées!


mardi 12 février 2013

Quand mon loup s'enrage



Leçon de maturité à table!
Deux jouets trônent au sommet du top 10 depuis Noël : deux motos oranges, une grosse et une petite. Elles s’accompagnent chacune d’un motocycliste et il est très difficile pour les petits doigts de Laurier, encore un peu maladroits, d’aider les bonhommes à enfourcher leur moto. La tâche devient d’autant plus ardue lorsqu’il choisit un tout autre bonhomme, supposé conduire, par exemple, une auto bleue, ou même pas supposé conduire du tout. D’un tempérament plutôt impatient, son humeur s’enflamme en peu de temps. La concentration lui tire d’abord la langue, puis la colère fait grincer ses dents. S’ensuit un hurlement tel celui d’un loup à la lune. Ses jouets deviennent projectiles et s’écrasent au sol. Il me regarde : « JE SIS FÂCHÉ. JE VEUX ALLER FAIRE DODO! » Il se dirige vers sa chambre et mordille sa doudou quelques secondes ou quelques minutes, le temps de se calmer. Quand je lui demande s’il veut en parler, il me répond par l’affirmative.

-       T’étais fâché mon loup?
-       Vi.
-       Pourquoi? Est-ce que c’est parce que t’étais pas capable de mettre le bonhomme sur la moto?
-       Vi.

-       Ah oui, c’est vrai que c’est fâchant. Mais t’sé mon loup, quand c’est difficile, au lieu de crier, tu peux demander de l’aide à maman. Ou papa. Ou n’importe qui d’autre… Si tu veux, on va essayer ensemble tantôt okay?

Je le laisse, mais il me suit de près et me regarde.

-       Maman t’aide-mà s’il-vous-plaît. C’est trop difficile.

Mon loup apprend la maturité. Bien que cette leçon n'efface pas les marques qui s'accumulent sur le plancher, je la reçois comme un baume sur toutes les autres colères que ma psychologie ou mes caresses n'ont pas réussi à calmer.

mardi 5 février 2013

La grotte


Laurier en est à sa troisième course entre la chambre et le salon. Il arrive, haletant, à la recherche d’autres jouets. Ses cheveux s’entremêlent, se nouent et montent en statique de s’être trop frottés aux bas plafonds de la grotte. Il cherche son pilon de poulet, sa gousse d’ail et sa petite auto tout en continuant de sautiller. L’immensité du plaisir qu’il éprouve l’empêche de se calmer. Une fois ses provisions en main, il court rejoindre son père dans la pénombre de leur repaire. À peine y a-t-il mis sa tête que je le vois sortir à nouveau : « Ah c’est vrai! J’ai oublié mon couteau pis la pâre là. Ben oui. »

Il atteint le salon en un temps record et commence son plein : un bloc de beurre sous un bras, une pointe de fromage et un melon d’eau sous l’autre, un citron sous le menton, le couteau dans une main et la pâre dans l’autre. On croirait qu’il se prépare à hiberner. Pressé de retrouver son aventure, Laurier semble friser la panique. Et voilà qu’au premier pas de course vers son nouveau lieu favori, tous ses délices de bois tombent au sol en un joyeux vacarme. Les mains en l’air et pleines de colères, Bidou abdique et hurle : « AH NOOOON! JE SIS PAS CAPABE! » Puis, il grogne, comme l’aurait fait l’ours à sa place.

Je comprends vite que son bonheur dépend de la réussite de sa mission et me précipite auprès de lui avec un outil de sauvetage. Il repart quelques secondes plus tard, triomphant, avec au bras un petit sac d’épicerie bien rempli. Son père l’attend dans la grotte et lui dit de se dépêcher, un gros poisson vient de lui chatouiller les pieds et il voudrait bien aller le pêcher avec lui. Transporté par ses émotions, Bidou sautille sur la pointe des pieds. Il enchaîne même quelques pas chassés, un bras en l’air et l’autre alourdi de provisions. « Petit danseur contemporain », que je me dis, tout en lui demandant de me ramener une « languille », s’il en trouve une. Il pénètre dans l'antre et j’écoute pendant quelques minutes le dialogue étouffé de mes deux grands explorateurs. Laurier en ressort à nouveau affichant un sourire de fierté : il a une belle languille à m’offrir. Elle est comme je les aime, longue, colorée, un peu gluante et imaginaire.