C’est l’histoire d’un homme, d’un mari, un
père, mon grand-père.
L’histoire de pépé, l’arrière grand-père
de Laurier.
Papi m’a appris à jouer au golf, mais
surtout au mini-putt. À son 65e anniversaire, nous lui avons offert
des patins à roues alignées et il s’est mis à patiner. Il a joué des milliers
de parties de golf et a parcouru des centaines de kilomètres à vélo avec mamie.
Papi était un sportif aguerri.
Il nous a appris à jouer au tennis avec
une inlassable patience. La poignée et le cordage de ma raquette, fluo et
multicolores, brillaient à l’élan de mon revers, alors que je tentais
d’appliquer ce qu’il m’enseignait. J’avais 10 ans. Je portais ma queue de
cheval sur le côté, des chaussettes blanches roulées aux chevilles et je
m’efforçais de lui donner le meilleur de moi-même. Papi était un professeur
exigeant, passionné.
Il pouvait pêcher sans jamais se fatiguer
et mamie détestait cuisiner ses poissons. Mais ensemble, ils ont beaucoup
dansé. Dans leur salon, sur des grandes places d’Espagne et jusque dans des
concours. Une fois, il m’a fait valser et tournoyer lors d’une grande soirée.
Papi était un meneur incontesté.
Quand on appelait, on parlait à mamie. Il
prenait la ligne quelques secondes pour nous dire qu’il nous aimait. Ça nous
suffisait. Mamie, elle, a toujours parlé beaucoup, sans doute pour un peu d’équilibre.
Papi était un homme de peu de mots.
Il ne parlait pas beaucoup, mais on
pouvait parfois l’entendre ronchonner. On l’imitera probablement longtemps,
grommeler parce qu’il n’aimait pas ce qu’il venait de goûter, maugréer
lorsqu’il écoutait le sport à la télé ou bougonner à cause du temps froid. Les derniers jours, il grognait de
douleur quand on le touchait. Mais Papi n’était pas grognon, il était entêté.

Solide gaillard, mari fidèle, papa 2 fois,
papi 4 fois et pépé 1 fois (presque 2). La maladie aura mis près de 6 ans à le
vider de toute sa force et sa vigueur. Goutte par goutte, jusqu’à la dernière,
hier. Papi maintenant nous a quitté.
L’histoire de cet homme, c’est aussi
l’histoire d’une femme, une épouse, une mère, ma grand-mère.
L’histoire de Nounou, l’arrière grand-mère
de Bidou.
C’est une histoire d’amour qui a commencé
il y a plus de 57 ans. Il avait un beau « char » et un air séduisant.
Elle avait les yeux bleus et des seins pulpeux.
C’est l’histoire de la vie de Pierre
Deniger. De sa vie qui se poursuit à travers celui qu’il aura appelé
affectueusement « son petit Tiger » pendant presque deux ans et demi.