lundi 19 novembre 2012

Il y a de ces soirées



Bidou et moi, on rentre à la maison. Il a refusé que je lui donne un câlin à mon arrivée à la garderie et m'a crié son mécontentement vis-à-vis le port de ses mitaines et de sa tuque. Ce soir, tout l'exaspère.

« Veux jouer è’c les pastiles à l’hile! »
« Ah oui. Bonne idée, on va faire des beaux dessins. »
« NON! Pas des dessins. On joue à les ranger là. »
« Minou, toi tu peux jouer à les sortir et les ranger, moi j’vais faire un p’tit dessin okay? »
« Noooon! C’est à mà ça. Faut pas dessiner. C’est pas gentil ça. C’est pas gentil. »

Il me pointe du doigt, me répétant que je ne suis pas gentille de dessiner. Ce sont ses pastels à l’huile à lui et il n’entend certainement pas les partager avec moi. Je tente quelques explications avec douceur. Il me répond avec des cris et des pleurs.

À peine quelques minutes plus tard…

« Regade maman mon jeu! »

Il a empilé livres, blocs et planche à roulette et lance sa petite auto du haut de son originale tour de Pise…

« Wow! C’est un beau jeu ça. Est-ce que j’peux jouer avec toi? »
« NON! Non maman. Va dans la kisine. Va faiye les patates là. »

Je ne sais trop quoi répondre, rire ou lui faire la morale, alors je retourne à mes chaudrons. Je m’efforce de cuisiner des plats qu’il aimera peut-être. Je sais que peu importe, l’heure du repas risque d’être difficile. Mise à part une période magiquement facile au mois de septembre, l’heure du repas demeure un défi avec Laurier.

Il demande des patates. Je lui offre des patates. Il crie qu’il ne veut pas manger. Il ne veut pas de patates. Il ne veut pas mettre la bavette rouge, juste la bleue. La bavette bleue est au lavage; je dois négocier. Je dépose l’assiette devant lui. Il jette sa fourchette par terre et se lève debout sur sa chaise-haute. Il me sourit.

« Assis-toi mon loup. Comme il faut ».

Je lui répèterai ces mots un nombre incalculable de fois dans les minutes qui suivront. Après de dures négociations et diverses techniques de divertissement, je me félicite enfin. Il avale un premier morceau. Après 4 ou 5 bouchées, il met sa main dans la sauce et en répand jovialement sur la table avant de lancer sa fourchette à nouveau, sur le mur cette fois-ci. Je recommence : je lui répète de qu’il ne doit pas lancer ses ustensiles, qu’il doit rester assis, je re-négocie, je re-divertis. Au dessert, après avoir réitérer l’interdiction de recracher sa nourriture, je ramasse la cuillère pleine de yogourt qu’il a lancée sur moi. Une partie de moi fulmine d’impatience, mais je continue de teinter chacune de mes interventions de doses parfaitement équilibrées de douceur et de fermeté.

C’est que tous les guides et toutes mes lectures m’ont bien averti : l’heure du repas doit toujours demeurer agréable, surtout chez les enfants difficiles à table. Il ne faut surtout pas y associer de punition ou d’émotions désagréables.

Je soupire. Il y a de ces soirées…

Lors d'un de nos nombreux soupers-bouderies

Coquin

lundi 5 novembre 2012

Le grand lit


Bed Head

Je referme la porte de sa chambre, bien fière de mon petit bidou qui semble s’adapter plutôt bien à son nouveau lit de « grand garçon ». C’est le troisième soir et les deux premiers se sont déroulés de façon tout à fait charmante. Je m’assois dans la cuisine et son père et moi entamons une discussion, tournant, bien évidemment, autour de ce nouvel exploit de notre héritier. À peine avons-nous prononcé quelques mots que le manège se met à tourner :

« Maman. Maman! Je me sis fait un bobo maman! Maman… »

« Mamaaaaan! Maman. Chante ma une chanson. »

« Maman. Je veux faye caca su le ti-pot. Je veux faye caca su le ti-pot là! »

« Maman. Maman. Maman. Y faut laver la doudou. Elle est sale. Y faut laver ma doudou. »

« Maaaaamaaaaan! Je sis pas fatigué maman. Je sis pas fatigué là. »

« Pas les bas maman! Je veux pas les bas là! »

Je retourne le voir, embrasse le doigt sur lequel aucune blessure n’apparaît. Je chante une chanson, puis une autre. Je l’emmène sur le petit pot et j’attends quelques minutes avant de me dire qu’évidemment, ça ne sera jamais si facile de le mettre propre! Je lui redonne sa doudou qui sent encore la lessive. Je lui explique le repos, la nuit, la lune et les étoiles. Je prends la paire de bas qu’il me tend. Je l’embrasse et referme sa porte une quinzaine de fois sur des excuses chaque fois différentes.
Pour m’aider à être plus forte, je rappelle à mon chum les conseils prodigieux que m’ont transmis les livres et les autres mamans : ne pas succomber à chacun de ses appels, ne pas parler lorsqu’on retourne dans sa chambre le coucher, fermer la porte de façon à ce qu’il ne puisse plus l’ouvrir, etc.

« Maman? Maman? Maman je veux te dire un secret. Je veux te dire un secret maman. J’ai un secret mamaaaaan! »

J’attends avant d’intervenir mais il insiste longuement. Son secret est peut-être important? Il a entrouvert sa porte de chambre. Il reste sagement derrière, mais je peux voir son petit minois qui m’interpelle. Je m’approche avec la ferme intention de ne pas parler et de ne pas m’attarder. Il choisit le moment où je me penche vers lui pour m’avouer son secret :

« Je t’aime beaucoup maman. J'ai un secret, je t’aime beaucoup. »

Toutes mes intentions s’effondrent du même coup et je m’allonge près de lui pour le border, lui parler encore un peu. Je viens de glisser sur le long serpent qui me ramène à la case départ.

Il m’a fallu beaucoup de temps avant d’atteindre le ciel, celui où Laurier dort enfin! Une case à la fois, aucune échelle pour m’aider. Il est même allé jusqu’à me demander de me coucher près de lui, pour simplement m’ordonner d’aller dans mon propre lit quelques secondes plus tard :

«  Non. Va dans ton lit maman. C’est mon lit maman. C’est MON lit! »

Il m’appelait au réconfort et refusait que je le console. Il récidivait. Encore. Ça écorchait chaque fois mon cœur de maman. J’étais persuadée de n’avoir pris que des mauvaises décisions. Les trente dernières fois, il s’est relevé pour nous rappeler qu’il aime beaucoup Machin, son toutou préféré. La fatigue robotisait à la fois son discours et son parcours, du lit à la porte et de la porte au litcomme un interminable carrousel: « j'aime beaucoup Machin ». Il semblait avoir perdu le contrôle de son petit corps.

Laurier s’est relevé plus d’une soixantaine de fois ce soir-là avant d’enfin rejoindre les bras de Morphée… 95 minutes plus tard. Je l’ai suivi de près, aussi épuisée que lui.

jeudi 1 novembre 2012

L'Italie. Toujours!







Un dernier coucher de soleil sur la Méditérranée, les pieds dans le sable à chercher des trésors. Un dernier château à découvrir, une grotte à explorer, un village à parcourir. Un dernier tour de terrain chez Sylvestro... dire au revoir aux oliviers, aux orangers, aux citronniers. Saluer les deux chevaux, le canard, la poule et aussi Cléopâtra, l'ânesse et son gros ventre, nouvellement membres de la famille De Feo. Se balancer une dernière fois sous le grand arbre et jouer un peu au soccer sur la piste de danse extérieure. Se presser un ultime verre de jus d'orange. Dire à Laurier qu'il ne reverrait plus Rosella. Qu'elle doit aller à l'école et rester ici, en Italie.

S'offrir un ultime repas de mozzarella. S'en délecter. Réitérer qu'on n'a pas vraiment goûter à la mozzarella tant qu'on ne s'est pas offert ce délice fraîchement sorti de la ferme. Espérer que nos papilles garderont en souvenir la pure perfection de ce savoureux fromage italien. Pleurer presque en pensant qu'il faudra des années avant qu'on s'en repaître à nouveau. 
Tenter une dernière fois de convaincre Laurier d'y goûter. Lui rappeler la ferme, le tracteur et les bufflonnes. Lui répéter combien leur yogourt était bon. Insister. Échouer! Combien d'années avant qu'il ne réalise ce qu'il a manqué!

Remercier Sylvestro pour son accueil chaleureux. Pour ses dizaines de pizza faites à la main et cuites au four, au coeur de sa cour. Lui confirmer que notre séjour fut inoubliable et ses pizzas mémorables. Lui avouer que Laurier a tellement aimé son huile qu'il en demandait à boire. Faire mine de refuser les bouteilles d'huile et de limoncello maison qu'il nous offre en cadeau, mais se réjouir de le laisser "gagner" cette argumentation.

Redouter comme la peste les 10 heures de vol au retour. Arriver à Montréal, soulagés de l'absence de crise de notre chérubin, mais complètement épuisés des 8h30 de divertissement continu dont nous étions les acteurs et lui le spectateur. Se demander ce qui pourrait bien venir à bout de l'énergie de Laurier si ni le bénadryl, ni le gravol n'ont réussi à l'atténuer.

Réintégrer lentement sa réalité. L'automne, le travail, le temps gris, le décalage horaire. Revoir la famille et les bons amis.

Se souvenir de l'Italie. S'ennuyer de l'Italie. L'aimer. En parler. En regarder les images. Rêver du jour où l'on pourra y retourner.