jeudi 29 mars 2012

Bolides



La journée s’annonçait calme. L’Homme revenu de Chine depuis deux jours, on rendait visite à sa famille sur la Rive Nord. Comme il faisait froid dans l’auto, on a décidé de mettre du chauffage. Or, pas de chauffage ! Et le temps de se poser quelques questions, la voiture s’est mise à tousser, de plus en plus fort. Avait-elle froid elle aussi ? On s’est arrêté près d’une station service pour vérifier. Elle n’avait finalement pas si froid. Plutôt, elle boucanait. Dépannage oblige, c’est à ce moment que j’ai entamé une conversation avec un parfait imbécile :

- CAA bonjour, comment est-ce qu’on peut vous aider ?
- Le moteur de notre voiture tousse et fume. Et le chauffage ne fonctionne plus.
- Okay, on va vous envoyer quelqu’un dans la prochaine heure. Où êtes-vous situés ?

Je donne toute l’information nécessaire au préposé en question et j’ose ajouter :

- J’ai mon bébé avec moi, est-ce que ce serait possible de nous accorder une certaine priorité ?
- Est-ce qu’il est en danger de mort le bébé ?
- Euh… non.
- Bon. S’il a froid, vous n’avez qu’à rentrer quelque part.
- Oui, mais je n’ai pas de lait ni de nourriture avec moi. Et avant qu’on soit enfin quelque part, ça peut être long… j’espère simplement qu’on puisse nous accorder une certaine priorité ?
- Ben là madame, le bébé d’abord, c’est pas important.
- ...

Je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse un jour me lancer une absurdité pareille.

Mais heureusement, j’avais menti ! J’avais cette petite réserve de puffs que je traîne toujours avec moi. Je m’étais justement récemment questionnée sur la nécessité de traîner ce petit sac de céréales qui ne servait jamais. Vaut mieux donc être prudent si l’on ne peut pas toujours compter sur la compréhension des autres.

mercredi 28 mars 2012

Retrouvailles

Laurier est couché. Ses retrouvailles avec papi et mamie l’ont épuisé. Je pourrais travailler un peu, pas de raison de procrastiner : la maison brille déjà et il n’y a rien de bon à la télé. Je préfère pourtant apprécier le temps qui s’écoule, qui me rapproche du retour de mon homme à la maison. Je porte même une jupe pour l’occasion et je me suis coiffée !

À 21h15, je tire Laurier de son lit pour l’installer dans l’auto. Arrivé à l’aéroport, il continue de dormir dans mes bras malgré le bruit, les néons, les départs, les arrivées. Je le réveille doucement, en lui expliquant qu’on est venu chercher papa… Ses yeux s’ouvrent grand, ses paupières disparaissent et son regard scrute l’endroit. Un petit radar qui cherche son paternel. À peine deux minutes d’attente et on le voit enfin, fatigué mais heureux, arriver de loin. Pointant vers son père et répétant « papa » frénétiquement, avec un sourire dans la voix, Laurier se met à trembler de joie et lui saute au cou.

Des retrouvailles pleines d’amour, de joie, de câlins. Un papa et une maman qui s’embrassent. Un bébé qui déploie son plus beau sourire. On se demandait s’il était trop petit, s’il vivrait ces retrouvailles avec une quelconque indifférence. Il nous a plutôt plongés au cœur d’un bel émoi familial. Il a inscrit un instant de plus dans l’album de nos beaux souvenirs.

Toujours aussi parfaits ces moments en famille ? Bien sûr que non, mais pourquoi ne pas prendre plaisir à se rappeler ceux qui en font sa raison d’être ?

lundi 19 mars 2012

Jour d'été

Bien des gens se sont allongés dans les parcs de la ville pour profiter du soleil et du niveau de chaleur record enregistré aujourd’hui. D’autres animaient les terrasses, nourris du nectar de leur choix. Et d’autres encore ont choisi d’user la semelle de leurs souliers pour tenter de se faire écouter.
 
Aujourd’hui, j’étais de ces derniers. Laurier est venu avec moi manifester. Avec des milliers d’autres parents. Et des milliers d’autres enfants. Parce que je me suis informée. Parce que j’ai lu, j’ai écouté, j’ai observé, j’ai fouillé. J’en ai discuté et j’en ai débattu. Parce que c’est mon éducation qui a fait de moi une citoyenne vigilente et éveillée. Parce que je souhaite que cet éveil, cette conscience, cette lucidité soient accessibles. À mon fils, oui, mais aussi à celui de ma voisine. À tous. Parce que ce n’est pas vrai que tous les étudiants peuvent se payer des iPhone ou des Canada Goose. Parce que c’est le savoir qui élargit notre horizon et qu'il faut voir loin pour viser haut.
 
Parce que l’égocentrisme et l’individualisme de notre époque est un trouble envahissant de développement. Parce qu’il fait du bien se rappeler, au son des pas de milliers de gens, que nous faisons parti d’un tout. Que nous sommes les citoyens d’une société. Une société qui s’est déjà battue pour faire des choix. Et que c’est grâce à ces choix si une bonne partie d’entre nous a eu la chance de s’instruire, de développer sa vigilance et sa critique, son autonomie. Comment pourrais-je faire autrement qu’espérer cette même chance pour mes enfants ?
 
Aujourd’hui, Laurier et moi avons donc fait un effort de citoyen. Parce que malgré l’omniprésence de la facilité dans nos choix de vie, il vaut encore la peine de faire un effort. Parce que malgré le cynisme grandissant autour de nous, on doit encore croire à quelque chose.
 
Faire un petit effort politique, selon ses moyens, ça n’empêche pas de passer à côté du reste. Aujourd'hui, le reste, pour Laurier et moi, c’était les gallets et les flaques d’eau que la neige a laissées au cœur d’un parc ensoleillé.


samedi 17 mars 2012

Fatiguée

Recevoir des belles femmes à déjeûner. Jouer dehors tout le reste de la journée. S'attabler entre amis et tenter de solutionner les maux de l'humanité... Il y a de ces soirées de monoparentalité où la fatigue l'emporte sur l'enthousiasme de bloguer. 



vendredi 16 mars 2012

Bribes de conversation



Le ciel ayant la mine bouetteuse aujourd'hui, j'ai choisi de prendre le métro pour aller dîner avec une amie. Laurier aime beaucoup prendre le métro. Il y observe les gens sous toutes leurs couleurs, leurs odeurs et leurs humeurs. Pas encore assez vieux pour s'imposer la moindre gêne, il scrute chaque personnage qui l'entoure et les traits changeants sur son visage laissent transparaître la profondeur de ses réflexions. Il insiste cependant, à coups de coups et de cris, à ce que je le prenne dans mes bras afin d'être à la bonne hauteur pour mener son inspection.




Après un bref repas où j'ai pu entamer plusieurs conversations interrompues par les cascades de mon petit téméraire, j'ai quitté l'endroit la tête pleine de questions sur tous ces échanges laissés inachevés sur le coin de la table.


Laurier et moi avons ensuite fait une merveilleuse découverte: la Grande Bibliothèque. Pas seulement plusieurs étages de livres, des milliers d'histoires et d'images et des milliards de mots. Ce serait bien assez, mais il y a aussi, et surtout, à l'étage du bas, des "pitons" qui font jouer de la musique, des petites tables où grimper, de l'espace pour courir, le droit de rire et parler, des livres troués pour jouer avec les doigts et sans oublier (comment pourrait-on?), des coussins comme une montagne à escalader et où s'écraser pour se reposer un peu.

De retour à la maison, on a joué dehors. Assez pour que ses yeux se ferment tôt et que je passe une soirée en tête à tête avec un bon film d'amour cliché.



jeudi 15 mars 2012

Des muffins mouillés

Ce matin, je ne travaillais pas et Laurier et moi avions tout notre temps. Alors que j’ai dû mettre une bonne trentaine de minutes à me réveiller, lui y est arrivé en une trentaine de secondes à peine. Nous avons déjeûné tranquillement et pendant qu’il répandait son jus et ses céréales sur le plancher, j’ai préparé des muffins en vue de notre expédition au Jardin botanique.


C’est le temps des Papillons en liberté depuis quelques semaines. Toutes les serres abondent de plantes, de fleurs, de rochers et de petites chutes d’eau. Il fait chaud, on se croirait dehors et il y a toutes ces belles couleurs et textures à découvrir. Laurier s’est cru, le temps d’un souffle, au paradis… jusqu’à ce que je lui explique qu’il ne s’approcherait de cette vision céleste qu’avec ses yeux, et non ses mains. Il s’est fâché un peu, mais à mon grand bonheur a retrouvé assez rapidement la voie de l’émerveillement. À la vue des papillons, il a lancé un grand cri de joie afin de s’assurer que tout le monde savait que nous étions maintenant arrivés. Perché sur mes épaules, il s’est laissé emporté par l’univers autour. Les virevoltes des papillons l’étourdissaient et le faisaient littéralement trembler de plaisir.


Après un bref survol de la boutique (où Laurier a failli volé une petite coccinelle de plastique), nous sommes revenus à la maison attendre mononc’ Nic. Mon frère assurait à son tour la garde de bidou afin de me permettre d’aller à mon cours. Un cours qui j’espère, demeurera abordable… mais il est trop tard pour m’embarquer dans cette argumentation!

mercredi 14 mars 2012

Hyperpolyglotte?

Ce matin Laurier n'était pas à la maison. C'est donc les bruits d'un radio-réveil défectueux, plutôt que les mélodies matinales de fiston qui m'ont tirée du sommeil. Il y a des matins où la fidélité envers mon "régime" décaféiné est plus éprouvante que d'autres. Au travail, une quantité surprenante de patients m'a tenue bien occupée. J'ai quitté l'hôpital au pas de course et j'ai réussi à maintenir le rythme sur presque 2 kilomètres avant que la douleur retrouve subtilement son chemin jusqu'à mon bassin. Les progrès se font lentement mais sûrement. Arrivée à la maison, j'ai sauté dans la voiture et je me suis immiscée dans la longue lignée de véhicules en route vers les banlieues. L'Italien pour débutant m'a diverti pendant une bonne partie du parcours: "Salve. Ti presento Carla Rossi". Pendant près d'une heure, Carla Rossi m'a appris comment demander une chambre avec air climatisé et comment passer une commande de pâtes au restaurant. Elle m'a aussi confié tout un tas de trucs que je ne suis pas encore capable de décoder. Je me suis dit que si on habitait la banlieue, je serais peut-être hyperpolyglotte à l'heure qu'il est?

Un délicieux souper m'attendait chez ma belle-mère. J'ai été touchée par les quelques secondes d'attention que Laurier m'a accordées à mon arrivée. Il a dit "maman" en me pointant puis a replongé la tête et les mains au coeur de son projet du moment. À peine plus de 24 heures et il avait déjà appris deux nouveaux mots. À l'heure du dodo, je suis retournée derrière le volant en me disant que finalement, la capacité de parler six ou sept langues ne valait peut-être pas tous ces kilomètres à couvrir. Au moins, cette fois, les yeux de laurier m'accompagnaient à nouveau dans le rétroviseur.

Une fois laurier couché, mes bonnes intentions de travailler ont encore une fois été laissées de côté. Je pense à des projets à proposer à mon héritier pour nous occuper au cours des prochaines journées. 

mardi 13 mars 2012

Des yeux dans le miroir


Mon amour en Chine pendant 11 jours.
Clin d’œil quotidien sur ma monoparentalité temporaire.

Jour 1

Amour a pris la route vers l’aéroport avant l’aube. Jusqu’à maintenant, tout se déroule assez bien. Mes parents ayant aussi quitté le pays, l’horaire de garde de laurier pour le jour 1 a pris des allures de rallye automobile. Aujourd’hui, j’ai vu mon fils presque uniquement à travers le miroir de l’auto. Nos yeux se sont échangés des sourires et quelques feux rouges nous ont donné la chance de se voir tout entiers. Il appelait « papa » en regardant par la fenêtre. Je lui ai expliqué que papa était parti pendant 10 dodos. J’aime croire qu’il comprenait ! Chez sa grand-mère Manyco, quand je lui expliqué qu’il ferait dodo là-bas, il a sourit et l’a regardée. Il était content car Manyco a plein de pelles et de balais, ses nouvelles convoitises. Il va bien s’amuser.

Je suis revenue à la maison avec la ferme intention de profiter de ma soirée pour être productive et efficace en écriture. Mais en arrivant, j’ai mis un moment à retrouver l’internet qui s’était enfui, sans raison valable, de mon portable. Et pendant ce moment, la paresse en a profité pour me ravir mes dernières doses d’énergie. J’ai finalement ranger un tas de choses et regardé des finales de téléséries que je n’avais jamais même commencées. Parfois ça finissait bien. Parfois non. Parfois ça semblait avoir été bon. Parfois j’en doutais.

La fatigue a maintenant raison de moi. Je repoussais le moment d’aller me glisser sous les draps. Je sais qu’ils seront froids sans mon amour dedans.

dimanche 4 mars 2012

Bonne coupe, bon prix!


Eh non ! Mon chum n’est pas l’heureux propriétaire d’un nouvel habit Moores. Et malgré toutes ces réflexions qui bouillonnent dans ma tête, je vous offre aujourd’hui le simple récit de sa nouvelle coiffure.

Je vis depuis maintenant plusieurs mois, à temps partiel. Je travaille à temps partiel, étudie à temps partiel, ré-oriente ma carrière à temps partiel, suis mère et ménagère à temps partiel et il faut bien l’avouer, je ne peux qu’être femme et amoureuse à temps partiel aussi. Lorsqu’on les additionne, toutes ces parts forment bien plus qu’un tout. C’est pourquoi certains luxes de ma vie d’avant la maternité n’ont toujours pas repris leur place dans mes habitudes.

La visite chez le coiffeur. Quoiqu’elle n’était déjà pas très fréquente, la voilà maintenant complètement disparue. L’entretien de mes cheveux ne consiste qu’en quelques brefs coups de ciseaux dans le toupet certains matins avant de courir vers le métro. Le résultat n’est jamais bien impressionnant. Personne ne l’a d’ailleurs déjà remarqué. Ce geste me permet néanmoins de tirer le rideau sur mon regard fatigué et d’ainsi voir un peu plus clair. J’ai cependant trouvé, récemment, un endroit où l’on respecte mes horaires et mon porte-feuille de vie à temps partiel.

Une façade qui se fond dans la masse de toutes celles qui l’entourent, sous les toits crasseux de la plaza St-Hubert. J’ai toutefois osé y entrer suite aux conseils de ma belle-sœur et de sa magnifique chevelure. Il faisait presque plus froid à l’intérieur que sur le trottoir, mais évidemment, je n’ai pu garder mon manteau pour l’exercice. Pas de rendez-vous. Je m’assois donc sur une vieille chaise. Une dame âgée se fait faire sa coiffure hebdomadaire. Je suis la suivante. Pendant l’attente, une autre dame s’installe à côté de moi. Mon tour arrive. La coiffeuse ne parle pas très bien le français, elle me pointe la photo d’une femme sur le mur et me regarde d’un air inquisiteur. Il n’y a que 9 photos dans toute la pièce et celle-là est définitivement la moins pire alors je lui fais signe qu’on se lance.

15 minutes après mon arrivée et 7$ plus tard, je quitte l’endroit avec une tête parfaitement présentable. La ligne d’attente s’est légèrement allongée d’une série de têtes blanches et permanentées. Je remercie du regard et de la main ma nouvelle coiffeuse.

On trouve de tout, sous les toits de la Plaza !