J’accompagne parfois mes pensées dans leurs sorties. J’emmène aussi Laurier. On marche dehors tous les deux, on se laisse aller dans nos rêveries. On est bien. La trame sonore qui rythme ces moments est toujours douce, apaisante…
Ce jour-là, j’ai fait un léger détour par l’épicerie. Dehors, la canicule nous réchauffait la peau à un point tel qu’on appréciait l’air frais que dégageait le rayon des produits laitiers. Je contemplais la vaste sélection de yogourts quand une voix de femme, une fausse note, vint interrompre la cadence :
- Y va avoir froid là. Pauvre p’tit bébé vous pouvez pas lui mettre un chandail?
- Non madame. Il est très bien. Il porte déjà un chandail et il est collé sur moi. Croyez-moi il n’a pas du tout froid.
La dame s’approche et lève les bras. Ses mains malhabiles se dirigent vers Laurier et s’agrippent au chandail qu’elle ne trouve pas assez chaud à son goût. Elle veut lui couvrir le cou :
- Non, non. Laissez-moi vous l’abriller comme il faut.
- Non merci madame. Ça va aller comme ça.
- Ç’a pas d’bon sens vous allez le rendre malade pauvre petit.
- …
- MADAME LACHEZ-LE !
Parents, prenez gare aux inspecteurs vestimentaires anonymes de la gent enfantine. Ils sont sévères et semblent travailler de près avec les agents de sécurité du transport pédèstre des bébés. Du moins, les deux sont souvent aperçus à l’intérieur des mêmes périmètres, c’est-à-dire ceux entourant nos épiceries de quartier. Le dernier coup reçu visait mon chum, mais manquait tout autant de tact et de civilité…
À ce moment-là, la famille était complète pour les emplettes. Je transportais les sacs et Laurier s’amusait dans les bras de son papa. Il riait. Une jolie mélodie d’été rythmait encore une fois nos pas jusqu’à ce qu’elle soit brusquement coupée par un regard accusateur. Des yeux marchaient vers nous en accélérant le pas, menaçants :
- ÉCHAPPEZ-LE PAS LÀ.
Comme l’attaque était plutôt inattendue, l’étonnement fut notre unique réplique.
À toutes ces « polices », je revendique mon droit de faire mon épicerie en paix. Je vous demande, du moins, d’insérer une formule de politesse avant de lancer vos accusations.