dimanche 28 août 2011

Interruption

Ces dernières semaines, les journées se succèdent ponctuées de leurs lots de défis et de moments agréables. Des instants de tranquillité viennent de plus en plus souvent apaiser le tumulte quotidien. Une sourdine se pose sur mon toit et permet à mon cerveau de respirer un peu, de se nourrir, de prendre l’air.
J’accompagne parfois mes pensées dans leurs sorties. J’emmène aussi Laurier. On marche dehors tous les deux, on se laisse aller dans nos rêveries. On est bien. La trame sonore qui rythme ces moments est toujours douce, apaisante…


Ce jour-là, j’ai fait un léger détour par l’épicerie. Dehors, la canicule nous réchauffait la peau à un point tel qu’on appréciait l’air frais que dégageait le rayon des produits laitiers. Je contemplais la vaste sélection de yogourts quand une voix de femme, une fausse note, vint interrompre la cadence :

-       Y va avoir froid là. Pauvre p’tit bébé vous pouvez pas lui mettre un chandail?
-       Non madame. Il est très bien. Il porte déjà un chandail et il est collé sur moi.                                  Croyez-moi il n’a pas du tout froid.

La dame s’approche et lève les bras. Ses mains malhabiles se dirigent vers Laurier et s’agrippent au chandail qu’elle ne trouve pas assez chaud à son goût. Elle veut lui couvrir le cou :

-       Non, non. Laissez-moi vous l’abriller comme il faut.
-       Non merci madame. Ça va aller comme ça.
-       Ç’a pas d’bon sens vous allez le rendre malade pauvre petit.
-      
-       MADAME LACHEZ-LE !

Parents, prenez gare aux inspecteurs vestimentaires anonymes de la gent enfantine. Ils sont sévères et semblent travailler de près avec les agents de sécurité du transport pédèstre des bébés. Du moins, les deux sont souvent aperçus à l’intérieur des mêmes périmètres, c’est-à-dire ceux entourant nos épiceries de quartier. Le dernier coup reçu visait mon chum, mais manquait tout autant de tact et de civilité…

À ce moment-là, la famille était complète pour les emplettes.  Je transportais les sacs et Laurier s’amusait dans les bras de son papa. Il riait. Une jolie mélodie d’été rythmait encore une fois nos pas jusqu’à ce qu’elle soit brusquement coupée par un regard accusateur. Des yeux marchaient vers nous en accélérant le pas, menaçants :

-       ÉCHAPPEZ-LE PAS LÀ.

Comme l’attaque était plutôt inattendue, l’étonnement fut notre unique réplique.

À toutes ces « polices », je revendique mon droit de faire mon épicerie en paix. Je vous demande, du moins, d’insérer une formule de politesse avant de lancer vos accusations.

lundi 15 août 2011

La maison TitiCaca, entreprise familiale

L'âme de l'entreprise
Alors j’aurai sauté par-dessus le mois de juillet. Un mois d’été. Un mois de vacances au soleil. Se prélasser. Se baigner. Faire la sieste. Pas d’école. Pas de travaux, pas de travail. Les festivals, les terrasses. L’air frais des forêts et l’air salin du fleuve…

Sauf qu’en juillet l’entreprise familiale, La maison TitiCaca, battait son plein : les rénovations, le déménagement, la carrière, les poussées dentaires. Les délais sans cesse repoussés devenaient définitifs, leur élasticité trop usée. Les projets sont nombreux, la gestion, ardue. Si tout ce beau mois, le plus chaud de notre histoire montréalaise, a réussi à se faufiler entre nos doigts, c’est bien malgré tous les efforts déployés pour en attraper ne serait-ce qu’une toute petite poignée.

Mais nous voici enfin sortis de la poussière. Des centaines d’heures d’effort pour un déplacement linéaire d’à peine un kilomètre. Juillet s’est bien enfui, mais sa lumière nous accueille quand même. Il fait beau. Il fait chaud. Les tomates rougissent. La coriandre a brûlé.

Laurier est heureux. Il a accès à un gazon bien à lui qu’il peut prendre le temps de découvrir, des trèfles aux mauvaises herbes, en passant par la menthe et quelques cailloux. Il fait ses premiers pas sur 100 ans d’histoire, un plancher bâti par son père, sa mère et leurs amis. Des lattes faites de bois, de patience et de minutie. Sa maison est petite mais lui est heureux. Il est capable de la traverser seul sans ne jamais me perdre de vue.

Les rénovations ne l’auront pas freiné. Il continue de mener à bout tous les projets qui lui tiennent à cœur. Il s’est procuré deux belles dents et en attend bientôt deux autres. Son but ultime est la marche, on le voit déjà clairement. Il refuse de déposer les genoux au sol. Un petit chat qui se déplace avec fierté, ses 4 pattes qui dansent, un regard concentré, le derrière en l’air. Il pratique sans repos ses transferts et ses déplacements, ne s’arrêtant que quand sa fatigue a raison de son orgueil. Un mélange parfait d’impatience et de détermination qui lui impose de travailler fort, très fort !

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Et pendant qu’il dort je retrouve mes mots. Encore bien d’autres choses à retrouver, mais d’abord, au moins, un de mes claviers. Notre entreprise familiale nous offre depuis peu un quotidien légèrement aéré. Il fait bon respirer. C’est enfin l’été !