mardi 31 janvier 2012

L'épicerie


J’ai aperçu, un jour, mes amis qui faisaient l’épicerie en famille. Un magnifique trio arpentait les allées avec le sourire. Ils sont sortis et leurs pas les ont menés tranquillement vers la maison. Une petite marche sous un ciel bleu, sandales aux pieds. C’était l’été dernier. Il s’agissait probablement d’une activité banale dans leur routine quotidienne ou hebdomadaire. Une envie folle d’être à leur place s’est emparée de moi. J’ai perdu l’équilibre et je suis tombée, tête première, dans la mélancolie.

Je les ai observés quelques minutes. La vision floue de ma triste rêverie. Je n’ai pu les approcher pour les saluer, trop ébranlée que j’étais. J’ai terminé mes achats et suis rentrée chez moi avec Laurier. Mes pas n’étaient ni plus rapides, ni plus lents, seulement plus lourds.

 À cette époque, mon petit amour ne mangeait pratiquement pas. Je m’évertuais sans cesse à trouver toutes sortes de plats susceptibles de lui plaire. J’étais confrontée à l’échec à tous les jours. 3 fois par jour. À cette époque, mon chum travaillait beaucoup et les rénovations de notre nouveau chez-nous occupaient pratiquement tout son temps libre. Je planifiais et préparais aussi des repas que nous ne partagions pas, faute de temps. On se retrouvait la nuit, exténués, hantés par nos inépuisables listes de tâches. Deux solitudes. À cette époque, la vision de mes amis faisant l’épicerie ensemble taquinait douloureusement mon espérance d’une vie plus simple, plus unie.

Cette vision revient parfois rôder autour de moi, signe que la vie nous tient à nouveau éloignés pour de multiples raisons, aussi louables soient-elles. Nous avons été rassemblés trop peu fréquemment au cours de la dernière année. Ces moments ensemble devront durer pour qu’on puisse vraiment en ressentir les bienfaits.

Je l’ai déjà avoué et voilà que je réitère. Cette année qui émerge encore se doit d’être centrée sur notre famille. Je ne vise rien de moins que des dizaines et des dizaines de repas planifiés ensemble et d’activités pratiquées ensemble. Nous sommes une famille depuis maintenant plus d’un an. Si on ne peut rattraper le temps passé, on peut certainement profiter de celui qui passe encore.

Laurier a soufflé sa première chandelle et poursuit sur sa lancée de prouesses et de découvertes. Il grandit, court, grimpe partout, communique de mieux en mieux et mange avec appétit. Il fait fondre d’un simple sourire nos cœurs de parents. 


samedi 14 janvier 2012

Convoitise


Il s’est réveillé à peine 5 minutes plus tôt et déjà il se dirige vers la salle de bain et me supplie, en lançant de petits sons plaintifs, d’ouvrir la porte. Une fois exaucé, il réitère devant le lavabo. Les secondes qui suivent sont cruciales. J’ai le pouvoir de lui offrir sa plus grande joie de la journée ou de faire naître chez lui une colère et une déception immense pour son cœur de petit garçon.

Je le prends dans mes bras et tend la main vers le verre à côté du robinet. Son regard suit mon geste. Il cesse presque de respirer. Lorsque je l’approche, il s’en empare avec tant de hâte qu’on dirait que sa vie en dépendait. Une fois l’objet de sa convoitise enfin dans ses mains, ses lèvres s’étendent en un large sourire et son corps en tremble de joie. Ses yeux me regardent et me parlent : « Wow ! Tu vois maman mon beau trésor ? »

Il mord alors à pleines dents dans sa brosse à dents. Il la gardera près de lui presque toute la journée. À la fois son arme de défense et de détente, il la manie comme un petit chevalier manierait son épée. Elle soulage ses gencives, humecte sa bouche et apaise ses peines.

Ahh cette brosse à dents!

lundi 2 janvier 2012

Le marathon des Fêtes


Le mois de décembre n’ayant pas été de tout repos avec les fins de session, le retour au travail et les dates de remise, nous avons entamé le marathon des Fêtes, déjà fatigués, avec 3 soupers à 3 endroits différents. Un chausson avec le trio ? Nous ne l’avions pas demandé, mais on l’a offert à mon chum sous forme de réaction allergique intense nous menant à passer la journée à la clinique au jour 4 des vacances.

Le lendemain, on revenait à la maison avec des estomacs et une voiture bien remplis. Une fois tous ses nouveaux jouets à sa disposition dans le salon, Laurier s’est dirigé vers la salle de bain et a choisi de jouer avec un tube de pâte à dents toute la soirée. Il ne l’a délaissé que plusieurs heures plus tard, en échange d’une boîte vide et tous les mystères qui s’y cachaient.

J’avais réservé le jour 6 pour aider ma belle-sœur à peinturer. Son efficacité et celle de ses deux amis accentuaient, bien malgré moi, la lenteur avec laquelle je semblais accomplir mon travail. La journée suivante, mes patients me rappelaient qu’il n’y avait pas que moi qui n’arrivait pas à trouver de répit en cette période des Fêtes. Le soir venu, un autre événement. Puis un autre s’enchaînait. Et un autre.

À l’aube du nouvel an, c’est la langue à terre que nous avons décidé de capituler. Nous n’aurons pas réussi toutes les étapes du marathon, mais l’abandon aura été à la fois  réconfortant et vivifiant. Nous avons passé, à notre plus grand bonheur, les 2 premiers jours de l’année dans notre petit cocon familial. Trop peu de moments pour être ensemble en 2011. Bousculés par tant de projets, de changements.

Nous avons accueilli 2012 à l’image de nos ambitions pour les mois à venir. Ensemble.