Une émission télévisée du même nom divertissait les familles québécoises les soirs de semaines il y a de ça quelques années. La variété des défis présentés a su en laisser plus d’un pantois : « kicker » des ballounes d’eau, lever 12 pneus de rechange et marcher, tirer un bloc de 50 livres avec son poil de poitrine, etc. Je laisse à votre imagination le loisir de vous dessiner le reste. Ne lui imposez surtout pas de limite !
Plusieurs années plus tard, un défi d’un tout autre genre venait animer mon quotidien à moi: celui de faire avaler à fiston un repas digne de ce nom.
Avec l’allaitement qui allait de mal en pis, j’entreprenais de relever ce défi dont je sous-estimais la grandeur. J’ignorais alors que l’introduction aux solides, que l’on décrit souvent sur un ton joyeux dans les ouvrages sur la maternité, me promettait désespoir et désenchantement.
Le début de l’aventure se traduisit par une période de tiraillement entre, d’un côté, les livres et les infirmières du CSSS qui me suppliaient de cesser les purées et, de l'autre, mon médecin et d’autres parents qui m’encourageaient à continuer. Je tentais de discerner la meilleure voie à suivre mais en vain. J’ai cessé et recommencé à quelques reprises avant de m’y accrocher pour de bon.
Au plus creux du parcours, la nutritionniste du CSSS a même tenté de me réconforter en m’expliquant qu’il s’agissait probablement d’une « hypersensibilité palatine » ! « Il ne suffirait que de quelques rencontres afin de tester différentes textures au niveau de la langue et du palais », a-t-elle poursuivi sur un ton insistant.
Il me restait tout de même assez de lucidité pour reconnaître dans cette « thérapie », le simple et commun exercice du repas. Alors plutôt que de céder à son diagnostic et son plan de traitement, j’ai repris ma petite cuillère en plastique et mon petit plat coloré et j’ai redoublé de patience envers l’appétit de mon petit chat.
Rien ne me préparait à devoir faire preuve d’autant de persévérance et l’aventure s’avéra des plus ardues. Mon amoureux dû, à plusieurs reprises, ramasser les miettes de mon moral tombées au sol sous le poids du découragement.
Jamais, au cours de ma vie, je n’aurai rencontré autant d’échecs sans pouvoir succomber à l’abandon.