mercredi 21 septembre 2011

Relevez le défi ! (Hypersensibilité palatine)

Une émission télévisée du même nom divertissait les familles québécoises les soirs de semaines il y a de ça quelques années. La variété des défis présentés a su en laisser plus d’un pantois : « kicker » des ballounes d’eau, lever 12 pneus de rechange et marcher, tirer un bloc de 50 livres avec son poil de poitrine, etc. Je laisse à votre imagination le loisir de vous dessiner le reste. Ne lui imposez surtout pas de limite !

Plusieurs années plus tard, un défi d’un tout autre genre venait animer mon quotidien à moi: celui de faire avaler à fiston un repas digne de ce nom.

Avec l’allaitement qui allait de mal en pis, j’entreprenais de relever ce défi dont je sous-estimais la grandeur. J’ignorais alors que l’introduction aux solides, que l’on décrit souvent sur un ton joyeux dans les ouvrages sur la maternité, me promettait désespoir et désenchantement.
Le début de l’aventure se traduisit par une période de tiraillement entre, d’un côté, les livres et les infirmières du CSSS qui me suppliaient de cesser les purées et, de l'autre, mon médecin et d’autres parents qui m’encourageaient à continuer. Je tentais de discerner la meilleure voie à suivre mais en vain. J’ai cessé et recommencé à quelques reprises avant de m’y accrocher pour de bon.

Au plus creux du parcours, la nutritionniste du CSSS a même tenté de me réconforter en m’expliquant qu’il s’agissait probablement d’une « hypersensibilité palatine » ! « Il ne suffirait que de quelques rencontres afin de tester différentes textures au niveau de la langue et du palais », a-t-elle poursuivi sur un ton insistant.

Il me restait tout de même assez de lucidité pour reconnaître dans cette « thérapie », le simple et commun exercice du repas. Alors plutôt que de céder à son diagnostic et son plan de traitement, j’ai repris ma petite cuillère en plastique et mon petit plat coloré et j’ai redoublé de patience envers l’appétit de mon petit chat.
Rien ne me préparait à devoir faire preuve d’autant de persévérance et l’aventure s’avéra des plus ardues. Mon amoureux dû, à plusieurs reprises, ramasser les miettes de mon moral tombées au sol sous le poids du découragement.

Laurier fêtera bientôt ses 9 mois et selon mes calculs, j’aurai tenté de relever le défi près de 300 fois avant de réussir. Bien sûr, la chance me portait parfois près du but, mais ce n’était que pour mieux m’en éloigner le repas suivant. Mais à bout d’efforts, de patience, de grimaces, de dégâts, de simagrées, de saveurs, de textures, de rires et de pleurs… Nous avons enfin relevé le défi jeudi dernier en enchaînant les succès du déjeuner jusqu’au souper et encore tous les jours depuis.

Jamais, au cours de ma vie, je n’aurai rencontré autant d’échecs sans pouvoir succomber à l’abandon.
Laurier mange. Maman est aux anges !

mercredi 14 septembre 2011

Retour aux listes

Je ne vous l’apprendrai peut-être pas, mais l’automne s’installe. Il dessinait l’autre soir les premières traces de son retour sur les joues légèrement rosées de mon petit garçon. Dehors, je sentais souffler sur moi son vent de lucidité.

Je suis de ceux qui croient qu’une nouvelle année débute en septembre. Peut-être la nerd en moi s’accroche-t-elle inconditionnellement à son cycle scolaire ? Pour moi, les couleurs de l’automne riment tout aussi bien avec renouveau que les bourgeons du printemps ou la fête du nouvel an. Je fixe des objectifs, j’opère des changements… je rédige des listes. Aaaaah les listes ! Les fameuses listes.

Il y a un an exactement, je commençais ma plus grande période d’inactivité professionnelle. L’excitation de me savoir en « congé » pendant si longtemps blindait mon moral d’un enthousiasme à toute épreuve. Mes idées se bousculaient, je voulais tout essayer. En résulta donc une liste qui témoigne de la naïveté de mon optimisme. Au moment de la rédaction, j’ignorais, entre autre, que je deviendrais co-propriétaire d’un duplex. Je ne savais pas qu’une autre liste jetterait de l’ombre sur ma série d’objectifs personnels : l’imposante énumération des tâches liées aux rénovations, au déménagement et aux responsabilités de locateur. Mon appétit pour les listes devrait être comblé, celle-là ne connaîtra jamais de fin !

Je prends donc le temps, en ce « début d’année », de me relire un peu et de faire le bilan. Quoique je n’aie bien évidemment pas atteint chacun de mes objectifs, je suis agréablement surprise de constater que j’ai, à tout le moins, parcouru un certain bout de chemin…

Je n’ai pas cuisiné toutes les recettes des livres de cuisine qui décorent mes étagères, mais j’ai tout de même, je crois, peaufiné mon instinct culinaire… je dose mieux que quiconque, au petit déjeuner, mes proportions de yogourt, banane et céréales pour bébé.

Je ne suis pas devenue une virtuose du piano. Je ne peux même pas, en réalité, affirmer avoir connu la moindre amélioration dans l’agilité de mon doigté. Mais je connais maintenant beaucoup mieux la variété de sons qu’offre mon clavier et qui font sourire mon petit garçon.

Je n’aurai pas couru le demi-marathon de Montréal, ni même le 10 km ou le simple kilomètre qui me sépare de chez mon frère. Mais j’aurai enfin redonné, 9 mois plus tard, une base assez solide à mon plancher pelvien me permettant de faire un repas et le ménage en même temps, tout en tenant Laurier dans mes bras.

Je n’aurai pas non plus réussi à faire pousser l’abondance dans mon jardin, ni même à sauver mes framboisiers de cette plante étrangleuse qui s’emparait de leurs racines. Mais les saveurs des feuilles des différentes plantes autour de la maison auront égayé les découvertes estivales de mon curieux petit homme.

J’aurai, toutefois, réussi à noircir plus de pages blanches sur mon écran que je m’en serais crue capable à pareille date il y a un an.

Des bouts de chemin !

Et avec les feuilles qui rougissent à nouveau, je réajuste mon tir et redéfinis ma liste d’objectifs. Je rêve d’une liste, courte, toute petite, citant l’un après l’autre les synonymes du mot repos. Je rêve…