mardi 8 avril 2014

Je viens d'ici

Tristesse en ce matin pluvieux et post-électoral. Je me suis levée avec un manque à rêver. Je vis dans une ville, une province, un pays qui s’éloignent de mes valeurs, qui rabattent mes espoirs d’un monde meilleur à chaque élection.

Depuis que je fais des enfants, depuis qu’un paquet de nouvelles vies ont vu le jour autour de moi, nous avons ré-élu Stephen Harper, appuyant ses goûts militaires, son fétichisme de la monarchie, son désir de sublimation de l’accès à l’information et tous ses excès anti-écologiques. Nous avons ré-élu une équipe corrompue au gouvernement municipal et hier soir, nous avons ré-élu un gouvernement contre lequel nous nous sommes fortement indignés il y a à peine plus d’un an.

Ce qui m’attriste le plus, ce sont toutes ces récidives. Ce constat que je vis au cœur d’un peuple qui semble préférer le confort des bassesses connues au risque de la nouveauté, à la chance de peut-être s’élever un peu.

À ceux qui le pensent - simplement parce que je parle de rêver un peu – je tiens à préciser que je n’écris pas ici pour pelleter des nuages. On peut souhaiter du changement sans nécessairement ignorer les contraintes d’une situation.

Ceci n’est pas non plus une prise de position en matière de souveraineté ou de charte des valeurs ou de l’identité. Je ne souhaite pas lancer un autre débat parmi ceux déjà nombreux qui circulent dans toutes les formes de médias. Je ne souhaite pas non plus alimenter le pessimisme contagieux des statuts Facebook.

J’écris aujourd’hui pour me souvenir. Pour que mes enfants connaissent un jour ma perception du monde dans lequel je les ai mis au monde. Qu'ils sachent qu'à ce moment là, ce n'est pas ce que je souhaitais pour eux. Certains disent que nous avons choisi de vivre ici et que nous devons accepter ce que la majorité des gens de notre peuple souhaite bâtir comme société, comme avenir, à défaut de voir d'autres idées détruites.

Vivre ici n’est pas qu’un choix. Je suis née ici. J’ai grandi ici, en français et je ne sais pas exactement comment, mais j’en suis venue à aimer ma langue, ma culture, mon coin de pays. J’aime la langue française, je la chéris et je la soigne. C’est une langue belle! Et ça m’attriste de voir à quel point on peut l’écrire mal.

J'ai aussi appris l'anglais en grandissant ici. J’ai ensuite vécu dans le reste du Canada et ailleurs dans le monde assez longtemps pour en venir à même penser en anglais. J’ai développé des amitiés précieuses avec bon nombre d’anglophones et de franco-canadiens - que je continue d'entretenir. Ces amitiés ont contribué à souligner le relief de ma différence.

Mon sentiment d’appartenance s’est développé à mon insu, au fil des années. Ce sont toutes ces années vécues dans le ROC et du monde qui m’ont fait réaliser l’importance de mes racines, de mon passé. Je ne me nourris pas de la même eau que les autres.

Vivre ici n’est donc pas qu’un simple choix. Partir n’est pas aussi facile que peut parfois le penser celui qui obtient ce qu’il veut. Je préfère encore rêver à un paysage politique, économique et social qui ressemblera un jour à celui que je souhaite à mes enfants. Mais ce matin, c’est plus difficile de rêver. Les nuages gris ne laissent pas passer la lumière et l’immobilisme qui caractérise toutes ces ré-élections dans tous les paliers de gouvernement alourdit le mouvement.


Mon fils a 3 ans et demi aujourd’hui. Mon deuxième verra le jour cet été. Aux prochaines élections provinciales ils auront 8 et 4 ans. Ça me paraît tellement loin! Peut-être qu’au moins, d’ici là, des projets, des partis, des idées auront pris forme et nous laisseront croire à quelque chose de mieux.

vendredi 4 avril 2014

Les moments parfaits

Laurier quitte la salle de bain. Je me brosse les dents…

« Maman! Viens me trouver, je sis caché! »

J’entre dans ma chambre. Je le vois tout de suite, sur le lit, assis derrière les oreillers. Ses mains devant ses yeux, à l’abri du monde. Je le trouve beau. Je joue le jeu. Je cherche derrière les meubles et les rideaux. Je le trouve enfin…

« Aha! J’te vois mon p’tit coquino! » je tombe sur le lit à côté de lui. Je le prends dans mes bras. Il rit. C’est FOU comme je l’aime!

« Okay, maman. Va te cacher là!

Je me cache bien en vue derrière la table de la cuisine. Il affiche un sourire victorieux la seconde où il me découvre. Je lui dis de retourner se cacher. C’est maman qui va compter.

« OUIIII! Je m’en vais me cacher dans ton lit! » qu’il me répond tout en courant déjà vers la chambre.

On alterne; lui dans la chambre, moi dans la cuisine. Toujours le même endroit. Lorsque je le trouve dans le lit pour la 5e fois de suite, je lui propose de chercher une nouvelle cachette.

« Non! Je veux me cacher dans le lit encore. Va compter maman! »

Et ainsi de suite. Dans ma tête, Jean Leloup entonne... Les moments parfaits ne reviennent jamais.


Ses yeux coquins, son rire taquin. Ses petites mains, ses gestes plaisantins.
C'est le matin. Je profite.


Une cachette à l'abri du monde

mardi 1 avril 2014

No makeup selfie

Ces jours-ci défilent sur Facebook les selfies sans maquillage de mes amies, des amies de mes amies et de leurs amies à elles aussi. Elles sont belles. Elles se le font dire: des likes, des commentaires, des nominations. J'ai déjà ressenti un certain malaise devant cette association de nos actes de générosité à nos statuts sociaux. Notamment durant le défilé des moustaches, en novembre. Est-ce que chacune d'entre elles accompagne vraiment sa publication d'un don à la recherche sur le cancer? Loin de moi l'intention de juger. C'est vrai qu'elles sont belles et qu'on le leur dise.

Aujourd'hui, je n'ai pas envie de remettre en question cette chaîne de photos sans maquillage. J'encourage le vrai de la chose et j'ai moi aussi envie de faire mon autoportrait. Au naturel. Juste un portrait banal, quotidien. Celui d'une jeune mère de 32 ans. Sans hashtag. Sans don. 

Ce matin, je me suis habillée, j’ai peigné mes cheveux. Je dois toujours les attacher derrière ma tête. Autrement, la sécheresse de l’hiver les colle à mon cou, à mon front et mes joues. J’ai noué un élastique autour de la mince chevelure qui encadre timidement mon visage. J’essaie de cacher du mieux que je peux les cheveux blancs qui y poussent, tenaces et éparpillés. J’hésite. J’envisage péniblement la dépendance aux teintures capillaires, mais j’accepte tout aussi âcrement la multiplication de ces petits cheveux follets sur ma tête. Les petites ridules qui se creusent subtilement autour de mes yeux, elles, ne m’importunent pas. Je n’y vois que les empreintes de nombreux sourires. Sourires aux lèvres souvent gercées, malgré tous les remèdes et les baumes appliqués.

Je porte un chandail vert sapin qui laisse toute la place à mon ventre grossissant et qui accentue le vert de mes yeux. J’aime porter des vêtements, des bijoux qui mettent l’accent sur cette partie de mon visage. C’est celle que je préfère, bien que l’oeil gauche soit plus petit que le droit. Ou est-ce l’inverse? Les lentilles des caméras ne manquent jamais de souligner cette asymétrie, comme celle de mon nez, qui décrit une courbe discrète. On ne remarque jamais cette dernière, mais elle contribue à l’imperfection de mon visage et rend parfois ma beauté plus difficile à capter par l’objectif. Les taches de rousseur et l’apparition de taches brunâtres, vestiges de ma grossesse, cadeau d’accueil de ma trentaine et marques de cette époque où le soleil est à la fois notre ennemi et notre meilleur ami, rendent mon teint inégal, l’éloignent un peu plus de cette perfection renvoyée par les images des papiers glacés.

C’est ainsi que je perçois l'image dans mon miroir. Une certaine beauté que mes imperfections façonnent. Mon regard est influencé par celui de mon amoureux, qui me le répète à tous les jours : T’es belle. Ses mots, ses yeux, débordent toujours de sincérité à la prononciation de ces 3 mots. Habillée en mou ou vêtue d’une robe ou de lingerie fine, même enveloppée dans cette épaisse robe de chambre dont la vue n’évoque assurément rien d’érotique. Nue et enceinte avec les seins gonflés, le ventre distendu. Nue avant la grossesse, le ventre plat, les seins petits et bien dressés, les cheveux d’un brun brillant. Nue après la grossesse, les seins quelque peu épuisés, le tonus hésitant d’un tas de muscles que je n’utilise plus assez. Maquillée ou pas. Coiffée ou pas. Ni l’une ni l’autre, le plus souvent. T’es belle. Il me le dit avec ses yeux, sa bouche, ses lèvres, sa peau, ses mains,…


Mon portrait, la trentaine me le transforme à un rythme que je trouve parfois épeurant, variant au gré des grossesses, des petits bonheurs et des périodes de stress. Je veux être attentive à tous ces changements. La trentaine ne se présente pas comme je l’imaginais à la fleur de ma vingtaine. Je l’envisageais comme une période de répit après la folie et les questionnements incessants des dernières années. Je croyais trouver un chemin que je pourrais traverser assez paisiblement, sans trop de tourments. Mais voilà que je travaille encore plus fort à me défricher une voie. J’espère que chaque lettre que tracent mes doigts, que chaque mot et chaque phrase que je complète finiront par paver un sentier qui mènera quelque part. Je doute. Je crains que les tuiles que je pose ne me ramènent ultimement à la première, avec cette impression désolante d'avoir tourné en rond, de ne pas avoir avancer. Je trimballe mes incertitudes. J'ai hâte de les oublier quelque part, un jour.

Ça, c’est ce qui se cache derrière ma peau, même si je n’ai pas toujours l’air confuse quand on me voit en photo. Under the skin selfie.