Maman. Dans la vie, on a toujours une
lance et une épée.
- Mon fils, 3 ans
Il
y en a qui entretiennent une fascination pour les trains ou les super-héros,
d’autres semblent complètement envoûtés par les princesses ou les poupées.
Depuis quelques mois, des idées chevaleresques habitent les rêves et les pensées
de mon fils. Il aurait même obtenu d'un roi son brevet : Sir Laurier de Rosemont
du Moyen Âge de la Table Ronde. La cérémonie d’adoubement fut probablement célébrée autour
d’un repas royal, le tout bien arrosé de ketchup.
Sir
Laurier peut transformer tout objet en lance, en épée ou en poignard simplement
en posant son regard dessus. À la garderie, interdiction de jeux violents oblige,
il utilise une baguette de pain pour lance et une carotte pour épée. Autour de
la table, son bavoir devient son armure et même la banane se métamorphose en
cheval au moment où ses doigts s’y posent à la manière d'un cavalier. Toutes les filles
deviennent des princesses et toutes les excuses sont bonnes pour entamer un
combat. Les méchants sont imaginaires et apparaîssent n’importe où, n’importe
quand.
Les
enfants nourrissent-ils tous de telles obsessions?
En
discutant avec d’autres parents, eux aussi contraints à partager leur quotidien
avec ces manies envahissantes, nous en sommes venus à nous demander s’il était
mieux de freiner leurs élans ou encore de leur faire plaisir en se prêtant au jeu?
Je veux
bien me prêter un peu au jeu. J’en profite pour l’intéresser à la lecture en
empruntant des histoires de chevaliers à la bibliothèque du quartier. Je lui
apprends que les chevaliers sont braves, courtois et généreux. Je tente de
développer chez lui un certain intérêt pour le bricolage et le dessin en
dessinant des châteaux et en bricolant des armures, mais semble-t-il que j'atteigne, avec cette dernière tentative, les limites de son obsession!
Ce
que j’aime moins et que je tente de freiner, mais en vain, c’est son attrait
pour les armes, les combats, la violence. Cet intérêt s’est immiscé
sournoisement en lui et prends maintenant une place déroutante dans notre quotidien. Je m’expose fréquemment à des dialogues plutôt perturbants :
-
Ah
maman! Un méchant. Là-bas. Je vais aller l’attaquer!
Jusqu’à
maintenant, ça va. Il court vers un fantôme et revient victorieux quelques
secondes plus tard.
-
J’ai
gagné maman! Le méchant est mort. Je vais le mettre en prison.
Okay,
ça passe encore : on combat les méchants et on les emprisonne. Mais ça ne
s’arrête plus là…
-
Maman!
Le méchant est en prison. J’ai coupé sa tête et ses jambes avec mon épée.
-
Ouin.
Tsé mon loup, c’est assez de les mettre en prison les méchants. On n’est pas
obligé de les démembrer en plus.
-
Je
vais aller prendre la torche et le brûler! Ah!
-
Woah!
C’est donc ben violent ça! Où t’es allé cherché ça ces idées là?
-
De
moi.
-
Moi
j’aimerais mieux que tu te contentes de les mettre en prison okay?
-
Oh
maman! Là-bas! Y a un autre méchant. En garde!
-
…
Rien à faire pour le convaincre de pacifier ses interventions. Une
telle violence est-elle innée chez tous les garçons? Il est pourtant plutôt
doux dans ses relations avec les autres et n’est jamais exposé à des scénarios
de ce genre. Je tente du mieux que je peux de radoucir son jeu à travers mon
dialogue et ma façon de jouer avec lui, mais cet intérêt pour la bataille sans
pitié revient constamment balayer la tranquillité de mes scénarios.
J’avoue que ses idées me
troublent parfois, mais il y a d'autres moments où mon valeureux combattant me bouleverse autrement...
- Maman, toi t'es la plus belle princesse du monde et moi je suis ton chevalier. Je vais te protéger.
Quand ses charmes visent mon coeur, ils manquent rarement leur cible. Je me surprends à trouver plutôt attendrissante sa lubie de chevaliers.
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