Normalement,
à cette heure-là, je m’assois, j’ouvre un livre et à partir d’un texte et
d’images que j’ai choisies parce que je les trouvais belles, j’invente une
histoire à mon fils. Il y a des soirs où je me sens un peu plus fatiguée. Ces soirs-là,
je lis. Simplement. Je n’invente rien.
Mais
ce dernier vendredi, à la même heure, je me suis assise sur un banc du Théâtre
de Quat’Sous, aux côtés de mon amie et j’ai écouté Thomas Hellman lire et
chanter les poèmes de Roland Giguère, d’Eduardo Galeano et de quelques autres poètes
aussi. À travers ses rythmes et ses mélodies, à travers les mots et les
sonorités de ces poètes que je découvrais, j’ai écouté cet homme me raconter
une partie de l’histoire du monde, de celle de l’Amérique et aussi celle du
temps qui passe. Des émotions qui marquent nos histoires.
Il
parlait et chantait au rythme d’une contrebasse, d’une guitare et parfois aussi
d’un piano, d’un banjo, d’un harmonica. L’ambiance feutrée, le décor intime de
la salle et la douce lumière qui en émanait, tout me donnait l’impression de
retrouver à mon tour le rôle de l’enfant qui écoute. Ne manquait que quelqu’un
contre qui me lover.
C’est
le contrebassiste qui m’a le plus fascinée. Tout habillé de noir, une barbe
assortie, que la peau sur le crâne. Chacun de ses gestes semblaient calculés et
pas une seule seconde a-t-il perdu le contrôle de ses calculs. Tout au long du
spectacle, il n’y avait que ses mains qui bougeaient. Il s’assoyait parfois
pour laisser toute la place aux mots. Au moment de se relever, ses pieds se
posaient chaque fois sur les mêmes empreintes. Lorsqu’il jouait, son regard,
impassible, semblait fixer le vide. Il était en communion avec son instrument,
imperturbable. Sa présence prenait pourtant toute son ampleur à travers ces
gestes effacés. Ce n’est qu’à la toute fin, sous le poids des applaudissements,
qu’un sourire s’est enfin dessiné sur son visage.
Et
l’autre qui chantait, l’autre qui jouait du piano et l’autre qui parfois
lisait. Et les poèmes et leurs mots et aussi leurs maux. Ils ont pendant plus
d’une heure étouffé les cris de mon estomac creusé par la faim. Ce sont les
tapas de chez Pintxo qui nous ont enfin rassasiées, un à un, dans toute leur finesse et leur succulence.
C’est
toujours agréable de sortir entre amies. Ça l’est encore plus quand on est
maman et que ça nous arrive moins souvent qu’avant.
| Et y a d'autres soirées sur d'autres beats |
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