C'était
il y a un an. Il l'appelait Pantine. Une grand-maman rousse qui accueillait un
Laurier sceptique dans sa garderie en milieu familial. Au cours de cette
dernière année, il a appris à se faire des amis, à blaguer avec Loïc avant la
sieste, à jouer aux autos avec Léo et à se faire cajoler par la belle
Raphaëlle. Il a même appris à aimer le brocoli, mais les miracles n'existent
pas; Laurier est encore difficile à l'heure des repas. Il a aussi fait d’autres
belles acquisitions, comme des expressions du genre « caca mou »,
« caca miel », « pet qui pue » et « gâteau plein de
poils ». Bref, ce fut une année très enrichissante!
La
semaine dernière, Bidou a sauté à pieds joints dans l’expérience du CPE ne se
doutant pas de la permanence de l’expérience. Cette semaine, il y va plutôt de
reculons, mais petit à petit, il accumule les progrès… si bien que cette année,
sa grève de la faim n’aura duré que quelques jours! Sa nature un peu sauvage
apprivoise donc tranquillement ce bain de socialisation qu’on lui impose, mais
non sans nous infliger en retour ses humeurs tempétueuses!
Je
profite du mieux que je peux de ces réticences au changement qui le ramènent à
moi. Il se réfugiera de moins en moins souvent dans mes bras. Il continuera à
franchir les étapes et à se distancier de nous. Bien vite, il roulera les yeux
en réponse à mes commentaires de mère inquiète; il préfèrera les matchs entre
amis aux sorties sportives avec son père; il choisira de voyager seul plutôt
qu’avec ses parents; il déposera sa tête sur le sein d’une fille plutôt que sur
l’épaule de sa mère.
Il
commence déjà à tracer son chemin sans toujours suivre le nôtre. J’espère qu’il
ne s’en éloignera pas trop, de ce chemin qu’on imaginera pour lui. Aujourd’hui,
il me trouve insupportable lorsque je tente de le débarbouiller. Un jour, il me
détestera de ne pas comprendre ses besoins d’adolescent tourmenté. Il rasera
peut-être ses beaux cheveux juste parce que je l’aurai supplié de les garder.
Peut-être rentrera-t-il trop tard à la maison, trop saoul ou trop gelé et
s’endormira sur le divan après avoir vomi des traces de sa soirée. Peut-être
sera-t-il « populaire » et président de son école. Ou bien plutôt
solitaire et dans l’ombre, malgré toutes ses qualités. S’il tient de sa mère,
il se posera mille questions quant à ce qu’il désire faire dans la vie. S’il
tient de son père, il fera la même chose. Il nous demandera parfois conseils,
mais ne les appliquera que rarement. Il fera des choix puis souhaitera en avoir
fait d’autres. Un jour une fille lui brisera le cœur et ce n’est pas à moi
qu’il voudra en parler.
Peu
à peu, au fil des années, il ouvrira son cœur à des gardiennes, des
éducatrices, des enseignants, des nouveaux amis, des petites amies, une
meilleure amie. J’espère quand même qu’il m’y gardera toujours, bien tassée
dans un p’tit coin.


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