mardi 8 juillet 2014

Pensées éparses avant d'accoucher



Dernière semaine? Dans un monde où j’ai le contrôle, oui. Dans le vrai monde, peut-être pas. La leçon du contrôle, on me l’a fait connaître durement dès ma première grossesse. Depuis, la vie rafraichit régulièrement mes notions.

J’accouche cette semaine. Oui, non, peut-être, donc. Un dernier contrat, aussi. Je me demande ce que je terminerai en premier. La grossesse ou le contrat. Si la première gagne, alors c’est foutu pour l’autre.

À la fois souhaitée et plutôt désagréable cette grossesse. Souvent pénible. Pour un tas de raisons. Des raisons qui disparaissent peu à peu. Tout de même, elle m’aura permis d’écrire un peu cette grossesse difficile. De découvrir les mots d’Annie Ernaux. D’apprendre un peu de guitare. J’ai appris quelques refrains. J’ai perdu la corne au bout de mes doigts dans les dernières semaines. Mon ventre s’impose entre l’instrument et mes mains. Mes bras, eux, ne grandissent pas. Je me demande quand j’aurai enfin le temps d’apprendre à changer les cordes, qui en ont grandement besoin. Desfois je pense à ça, au lieu de penser à mon bébé qui naîtra.

Je quitterai ce corps encombrant avec l’espoir de m’en ré-approprier un plus léger, moins brisé. Je rêve peut-être en couleur. Peu m’importe, je préfère pour le moment rêver. Je sais le travail qui m’attend. Je sais les risques. Mais j’envisage la transition avec optimisme. J’ai vu les gens qu’il faut. J’ai lu les livres qu’il faut. J’entame la dernière étape avec, je pense, juste ce qu’il faut de contrôle et de détachement.

Je ne me suis pas épanouie durant ma grossesse. Des cernes de pleurs et d’insomnie ont trop souvent masqué la brillance de mon teint. Mes cheveux n’ont pas brillé, ni épaissi. Avec toute la chaleur, ils ne sont que frisotis.

Je n’ai pas communié avec mon bébé. Je ne lui ai pas beaucoup parlé. Je me suis tenue occupée. Je me suis occupé de mon plus grand bébé. J’ai parfois partagé une coupe de vin ou une bière avec mon amoureux ou avec des amis. Pas trop. Pas trop souvent non plus, mais desfois, oui. Il y en a pour me juger. Il y en a pour me blâmer. Il y en a aussi pour dire que les enfants de mères qui ont bu, un peu, sociabilisent mieux. Eh bien!

Il y a de ces lectures et de ces gens pour juger de tout. Pour établir les comportements sociaux acceptables. Pour parler de l’importance du temps qu’on passe avec ce bébé pas encore né. J’espère que je ne lui aurai pas nui. Je ne crois pas. Mais il y en aura pour me dire le contraire.


Pas une seule seconde j’ai craint de ne pas l’aimer. Ni de l’aimer moins que mon premier. Je sais que je l’aimerai. Et si cet amour n’est pas un coup de foudre, alors je l’apprendrai. C’est le seul contrat que j’ai signé. Celui-là et celui de mettre de côté une part de moi-même, pour un temps, au moins.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire