mardi 1 avril 2014

No makeup selfie

Ces jours-ci défilent sur Facebook les selfies sans maquillage de mes amies, des amies de mes amies et de leurs amies à elles aussi. Elles sont belles. Elles se le font dire: des likes, des commentaires, des nominations. J'ai déjà ressenti un certain malaise devant cette association de nos actes de générosité à nos statuts sociaux. Notamment durant le défilé des moustaches, en novembre. Est-ce que chacune d'entre elles accompagne vraiment sa publication d'un don à la recherche sur le cancer? Loin de moi l'intention de juger. C'est vrai qu'elles sont belles et qu'on le leur dise.

Aujourd'hui, je n'ai pas envie de remettre en question cette chaîne de photos sans maquillage. J'encourage le vrai de la chose et j'ai moi aussi envie de faire mon autoportrait. Au naturel. Juste un portrait banal, quotidien. Celui d'une jeune mère de 32 ans. Sans hashtag. Sans don. 

Ce matin, je me suis habillée, j’ai peigné mes cheveux. Je dois toujours les attacher derrière ma tête. Autrement, la sécheresse de l’hiver les colle à mon cou, à mon front et mes joues. J’ai noué un élastique autour de la mince chevelure qui encadre timidement mon visage. J’essaie de cacher du mieux que je peux les cheveux blancs qui y poussent, tenaces et éparpillés. J’hésite. J’envisage péniblement la dépendance aux teintures capillaires, mais j’accepte tout aussi âcrement la multiplication de ces petits cheveux follets sur ma tête. Les petites ridules qui se creusent subtilement autour de mes yeux, elles, ne m’importunent pas. Je n’y vois que les empreintes de nombreux sourires. Sourires aux lèvres souvent gercées, malgré tous les remèdes et les baumes appliqués.

Je porte un chandail vert sapin qui laisse toute la place à mon ventre grossissant et qui accentue le vert de mes yeux. J’aime porter des vêtements, des bijoux qui mettent l’accent sur cette partie de mon visage. C’est celle que je préfère, bien que l’oeil gauche soit plus petit que le droit. Ou est-ce l’inverse? Les lentilles des caméras ne manquent jamais de souligner cette asymétrie, comme celle de mon nez, qui décrit une courbe discrète. On ne remarque jamais cette dernière, mais elle contribue à l’imperfection de mon visage et rend parfois ma beauté plus difficile à capter par l’objectif. Les taches de rousseur et l’apparition de taches brunâtres, vestiges de ma grossesse, cadeau d’accueil de ma trentaine et marques de cette époque où le soleil est à la fois notre ennemi et notre meilleur ami, rendent mon teint inégal, l’éloignent un peu plus de cette perfection renvoyée par les images des papiers glacés.

C’est ainsi que je perçois l'image dans mon miroir. Une certaine beauté que mes imperfections façonnent. Mon regard est influencé par celui de mon amoureux, qui me le répète à tous les jours : T’es belle. Ses mots, ses yeux, débordent toujours de sincérité à la prononciation de ces 3 mots. Habillée en mou ou vêtue d’une robe ou de lingerie fine, même enveloppée dans cette épaisse robe de chambre dont la vue n’évoque assurément rien d’érotique. Nue et enceinte avec les seins gonflés, le ventre distendu. Nue avant la grossesse, le ventre plat, les seins petits et bien dressés, les cheveux d’un brun brillant. Nue après la grossesse, les seins quelque peu épuisés, le tonus hésitant d’un tas de muscles que je n’utilise plus assez. Maquillée ou pas. Coiffée ou pas. Ni l’une ni l’autre, le plus souvent. T’es belle. Il me le dit avec ses yeux, sa bouche, ses lèvres, sa peau, ses mains,…


Mon portrait, la trentaine me le transforme à un rythme que je trouve parfois épeurant, variant au gré des grossesses, des petits bonheurs et des périodes de stress. Je veux être attentive à tous ces changements. La trentaine ne se présente pas comme je l’imaginais à la fleur de ma vingtaine. Je l’envisageais comme une période de répit après la folie et les questionnements incessants des dernières années. Je croyais trouver un chemin que je pourrais traverser assez paisiblement, sans trop de tourments. Mais voilà que je travaille encore plus fort à me défricher une voie. J’espère que chaque lettre que tracent mes doigts, que chaque mot et chaque phrase que je complète finiront par paver un sentier qui mènera quelque part. Je doute. Je crains que les tuiles que je pose ne me ramènent ultimement à la première, avec cette impression désolante d'avoir tourné en rond, de ne pas avoir avancer. Je trimballe mes incertitudes. J'ai hâte de les oublier quelque part, un jour.

Ça, c’est ce qui se cache derrière ma peau, même si je n’ai pas toujours l’air confuse quand on me voit en photo. Under the skin selfie.

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