Tristesse en ce matin pluvieux et post-électoral. Je me suis levée avec un manque à rêver. Je vis dans
une ville, une province, un pays qui s’éloignent de mes valeurs, qui rabattent
mes espoirs d’un monde meilleur à chaque élection.
Depuis que je fais des enfants,
depuis qu’un paquet de nouvelles vies ont vu le jour autour de moi, nous avons ré-élu Stephen Harper, appuyant ses
goûts militaires, son fétichisme de la monarchie, son désir de sublimation de
l’accès à l’information et tous ses excès anti-écologiques. Nous avons ré-élu une équipe corrompue au
gouvernement municipal et hier soir, nous avons ré-élu un gouvernement contre lequel nous nous sommes fortement
indignés il y a à peine plus d’un an.
Ce qui m’attriste le plus, ce sont toutes
ces récidives. Ce constat que je vis au cœur d’un peuple qui semble préférer le
confort des bassesses connues au risque de la nouveauté, à la chance de
peut-être s’élever un peu.
À ceux qui le pensent - simplement
parce que je parle de rêver un peu – je tiens à préciser que je n’écris pas ici
pour pelleter des nuages. On peut souhaiter du changement
sans nécessairement ignorer les contraintes d’une situation.
Ceci n’est pas non plus une prise
de position en matière de souveraineté ou de charte des valeurs ou de
l’identité. Je ne souhaite pas lancer un autre débat parmi ceux déjà nombreux
qui circulent dans toutes les formes de médias. Je ne souhaite pas non plus
alimenter le pessimisme contagieux des statuts Facebook.
J’écris aujourd’hui pour me
souvenir. Pour que mes enfants connaissent un jour ma perception du monde dans
lequel je les ai mis au monde. Qu'ils sachent qu'à ce moment là, ce n'est pas ce que je souhaitais pour eux. Certains disent que nous avons choisi de vivre
ici et que nous devons accepter ce que la majorité des gens de notre peuple souhaite bâtir comme société, comme avenir, à défaut de voir d'autres idées détruites.
Vivre ici n’est pas qu’un choix.
Je suis née ici. J’ai grandi ici, en français et je ne sais pas exactement
comment, mais j’en suis venue à aimer ma langue, ma culture, mon coin de pays.
J’aime la langue française, je la chéris et je la soigne. C’est une langue belle! Et ça m’attriste de voir à quel point on
peut l’écrire mal.
J'ai aussi appris l'anglais en grandissant ici. J’ai ensuite vécu dans le reste du Canada et
ailleurs dans le monde assez longtemps pour en venir à même penser en anglais. J’ai
développé des amitiés précieuses avec bon nombre d’anglophones et de franco-canadiens - que je continue d'entretenir.
Ces amitiés ont contribué à souligner le relief de ma différence.
Mon sentiment d’appartenance s’est
développé à mon insu, au fil des années. Ce sont toutes ces années vécues dans
le ROC et du monde qui m’ont fait réaliser l’importance de mes racines, de mon
passé. Je ne me nourris pas de la même eau que les autres.
Vivre ici n’est donc pas qu’un
simple choix. Partir n’est pas aussi facile que peut parfois le penser celui
qui obtient ce qu’il veut. Je préfère encore rêver à un paysage politique, économique et social qui ressemblera un jour à celui que je souhaite à mes
enfants. Mais ce matin, c’est plus difficile de rêver. Les nuages gris ne
laissent pas passer la lumière et l’immobilisme qui caractérise toutes ces
ré-élections dans tous les paliers de gouvernement alourdit le mouvement.
Mon fils a 3 ans et demi aujourd’hui.
Mon deuxième verra le jour cet été. Aux prochaines élections provinciales ils
auront 8 et 4 ans. Ça me paraît tellement loin! Peut-être qu’au moins, d’ici
là, des projets, des partis, des idées auront pris forme et nous laisseront
croire à quelque chose de mieux.
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