- Oh wow! Regade maman le ciel est
bleu! C’est très beau ça maman!
On se dirigeait, à vélo, sous un soleil plombant, vers la cabane à
sucre urbaine du parc Molson. Une merveilleuse journée de printemps; de celles
qui nous dévoilent la blancheur des cuisses de quelques enthousiastes, paradant
en gougounes et en short sur les rues du quartier. À peine étions-nous sur
place qu’on nous offrait un bon petit plat de bines dans le sirop :
- AAAAAHHHH!
Laurier venait de goûter. Je crois qu’il n’a même pas eu le temps
de refermer la bouche avant de me crier son dégoût. Sa bouchée recrachée,
étendue sur son foulard, il se frottait la langue avec sa mitaine, en pleurant,
tentant d’éradiquer toute trace de cette chose qui l’avait tant répugné.
Quand enfin il réussit à se remettre de cette malheureuse
expérience culinaire, nous nous trouvions à l’entrée du tipi. Un grand chef,
coiffé d’un impressionnante plume et entouré de ses collections de peaux,
d’outils et d’armes d’un temps passé, nous y accueillait. Sous son air sérieux,
on devinait l’esquisse d’un sourire, mais Laurier sembla y lire autre chose. Il
se retourna vers moi :
- « Est-ce que on retourne à
la maison maman? »
Mais bien sûr, nous sommes restés plus de quelques minutes à la
fête. Et Laurier a fini par faire la paix avec ses origines. Il s’est gavé de
crêpes au sirop. Il a dansé sur les airs de « Alouette », chantée par
un monsieur avec un chapeau de castor, une ceinture fléchée et accompagné de sa
guitare. Il a mangé, assis sur une botte de foin, une boule de tire d’érable
presqu’aussi grosse que son poing. En réalité, il en a mangé une toute petite
partie, il en a mis une plus grosse sur nos vêtements, dans mes cheveux et sur
ses mains et me l’a redonnée alors qu’elle semblait tout aussi volumineuse qu’au
début.
Nous sommes ensuite allés au parc dépenser toute cette énergie
brute. Les modules abondaient de petits fous sur un rush de sucre. Les amis de Laurier jouaient au restaurant, assis
autour d’une table cachée, mais lui s’en foutait éperdument : il avait
découvert une immense flaque d’eau dans laquelle sauter. Je le laissais faire,
ignorant les remarques d’autres parents qui jugeaient mon manque de discipline.
Le temps était doux; une journée parfaite pour les flaques d’eau du printemps,
les mitaines mouillées et les taches de boue sur les joues.

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