- ...
- Ou les deux?
Mon esprit se détend aussitôt. Tout n’est donc pas perdu! Mon
destin de mère ne sera peut-être pas confiné aux arénas du quartier et des
régions autour. Je ne côtoierai peut-être pas de ces parents fous qui nourrissent leur furie compétitive à même le coup de patin de leur enfant. Le kilométrage de ma voiture tournera peut-être pour autre chose
qu’une liste de tournois à aller gagner.
Des fausses idées, de la généralisation, des préjugés? Peut-être.
De la dramatisation? Probablement. N’empêche, j’imagine une vie qui pourrait être la mienne et les
images se bousculent et elles défilent sans que rien ne puisse les arrêter…
C’est le jour de la marmotte. Je me lève avant l’aube, épuisée des semaines qui s’enchaînent et
se ressemblent, pour aller conduire mon pré-ado à sa pratique de hockey. Je l’attends sur les estrades, à l’écart de ces pères
fâchés parce que l’entraîneur n’accorde pas assez de temps de glace à leur fils, talentueux mais ralenti par le poids de leur projection. Derrière la vitre de la patinoire, je m’évade un peu avec une bonne
lecture mais, entre chaque paragraphe, mes yeux reviennent chercher le numéro
de mon fils. Il est plus petit, mais meilleur que bien d’autres. Je suis fière de
lui. Le weekend, je conduis même jusqu’à Mont-Laurier, la valise pleine de son
stock de hockey. Tout au long de la route, des montagnes, des forêts, du ski
alpin, du ski de fond, de la raquette… la nature. Dans la voiture, ma mélancolie,
passagère invisible, noyée par une musique que Laurier insiste pour écouter. Le
café tiède de l’aréna m’aide à combattre la fatigue accumulée sur la route et
au fil des années. Puis je l’encourage, encore, toujours, assise sur une autre
estrade, dans une autre aréna humide et sans fenêtre, un autre livre entre les
mains.
Ce scénario, en plus d’une dizaine d’autres semblables, se
projette en images et en émotions au fond de ma tête presque chaque fois que
Laurier s’enthousiasme à l’idée de jouer au « yockey ». Mon
appréhension est peut-être irrationnelle, mais la vision a pourtant quelque
chose de bien réel. Je redoute ces rêves de hockey car je crains de devoir y
laisser les miens.
Mais Laurier adore patiner et jouer au hockey. À en oublier la
fatigue, le froid ou la faim. Et sans même qu’on ne l’ait encouragé. S’il rêve
de jouer au hockey, je ne freinerai pas ses ambitions. Je l'inscrirai, à contre-coeur, au nom de son bonheur. Mais en attendant,
égoïstement, je l’encourage chaque fois qu’il s’intéresse à autre chose.
En février, c’est au ski que nous l’avons initié. On monte
ensemble sur un tapis roulant, puis on descend, lui suspendu bien
confortablement au bout de nos bras. On passe au travers des spaghettis. Ses
skis à lui frôlent à peine la neige et son casque trop grand se déplace
constamment. Arrivé en bas, il ne dit rien. Il sourit. Puis, au bout de
quelques secondes :
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