mardi 18 décembre 2012

Quelque part en forme de coeur



Plus je laisse le temps passer sans nourrir mon blogue, plus il m’est difficile de recommencer à l’alimenter. Je deviens nerveuse et d’autant plus soucieuse de la qualité de ce que je concocterai. J’étais occupée. Avec le quotidien, avec les hauts et les bas de Laurier, avec enfin un autre contrat, mais qui fut considérablement critiqué. Avec cette éternelle remise en question de mes compétences qui a suivi et qui décharge inévitablement mes batteries.

Puis ce matin, un grand tapis blanc décorait la ruelle. J’ai installé Laurier dans le traîneau pour se rendre à la garderie. Les flocons tombaient gros comme des billes et légers comme des plumes. Bien installé sur sa peau de mouton, il ouvrait grand sa petite bouche capricieuse, pleine d’appétit pour ces bonbons fondants tombés du ciel. Un grand vent de nostalgie a soufflé sur moi. J’étais pressée, mais je n’avançais plus. Je le regardais. L’image était si belle, parfaite à mes yeux de maman fragile. J’étais, soudainement, pleinement consciente de la valeur du temps, de la valeur du moment.

Bidou voulait marcher dans la neige. S’est alors ajouté à la tranquillité, le bruit de nos empreintes. La neige fondait à la douceur du temps et mouillait nos mitaines et nos joues. On sculptait des balles de neige et on jouait à la cachette. Je faisais semblant de ne pas le voir derrière ces branches dénudées, à peine plus robustes que ses petits doigts. Il se retournait vers moi, criant sa joie de se retrouver juste ici, à côté de moi.

Ce sont ces moments-là qui effacent les cris, les crises, les refus et la nourriture sur les murs. Alors voilà pourquoi j’ai voulu l’écrire. Comme je voudrais écrire toutes ces petites anecdotes qui rechargent chaque fois mes batteries.


Voici d’ailleurs une autre petite histoire que Laurier nous a raconté en voiture, dimanche dernier, alors qu’on rentrait à la maison…

- Je veux pas aller à la maison.
- Ah non mon loup? Où tu veux aller?
- Je veux aller à LO-É-O.

- LO-É-O? C’est où ça minou?
- C’est à Mon-éal.
- À Montréal. Okay. Comment on fait pour aller là?
- En marchant là.
- Ah oui? Avec qui t’es allé là?
- Avec juste papa. Pas avec maman.
- Est-ce que c’est le restaurant, comme l’autre jour avec papa?
- Non. C’est un magasin.
- Un magasin! Ah oui? Un petit ou un grand?

- C’est pas le magasin de construction. C’est un petit là… Comme ça… En forme de cœur.

Ni moi, ni Thierry n’avons répliqué. L’histoire finissait bien comme ça et on arrivait devant la maison. Laurier était content d’être arrivé.

Avec papa, quelque part à Montréal


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