J’avais déambulé sur plus d’une dizaine de kilomètres dans les rues de la ville, en plein soir de tempête, les pieds dans une mare de gadoue à chaque intersection, pour trouver à Laurier un cadeau qui l’enchanterait. J’avais finalement trouvé cette petite moto qui j’étais certaine, le transporterait de joie. J’avais hâte de la lui offrir.
La matinée de la veille de
Noël serait notre seul moment d’intimité à trois. Je m’imaginais un déjeûner
joyeux. Je lui préparerais des crêpes au sirop. Je le voyais
trembler de plaisir au moment où on lui offrait un biscuit comme dessert matinal, spécial d'occasion.
Nous nous offririons nos cadeaux dans cette ambiance empreinte à la fois de
douceur, d’amour et de jeu. Nous jouerions un peu dehors avec
lui avant de nous diriger vers le nord, vers nos familles et tous ces repas des Fêtes.
J’envisageais bien sûr
quelques confrontations et difficultés; la réalité étant toujours plus
colorée et Laurier étant particulièrement difficile depuis la mi-décembre,
fatigué de combattre un rhume infini et des nuits écourtées. Je prenais tout de
même plaisir à m’abandonner au cliché de ma rêverie...
La veille de Noël débuta dès
le réveil de notre petit ouragan. Il souffla d’abord doucement. Sa bonne
humeur dura moins de 5 minutes. Il toussait beaucoup. Je lui offris un jus
d’orange. S’en suivi une série de cris, de pleurs et de coups. Mon petit homme
fut saisi d’un mal d’être si intense qu’il nous était tout à fait impossible de
le maîtriser. Ses yeux nous réclamaient, mais son petit corps protestait, nous
assaillait de coups et de hurlements. Il nous repoussait et nous
criait de s’en aller, de le laisser seul. Je tentais de le tenir près de moi,
mais sa force avait parfois raison de mon étreinte et je ne pouvais faire
autrement que de le déposer. Il se relevait alors et marchait vers moi, ses
bras implorant les miens. Je le reprenais, tout recommençait. Mon cœur
s’émiettait.
Cet intense tourbillon dura
plus d’une heure. Laurier finit par se calmer, mais demeura particulièrement nerveux
et irritable jusqu’au soir du 26 décembre. Il nous était difficile de
l’approcher, parfois même de le regarder, sans se faire rabrouer.
Il demandait une chose, voulait son contraire et refusait tout ce qu’on lui
offrait. Il connut, bien sûr, quelques périodes d’accalmie, auprès de ses
grand-mamans ou du Père Noël, principalement. Son père et moi demeurions les
victimes désignées de ses rejets sans appel. J’avais hâte de retourner chez
moi, me terrer avec mes hommes jusqu’à ce que passe la tempête.
Puis, comme par
magie, le 26 décembre au soir, la fureur qui l’habitait le quitta. Son père
tenta de l’approcher et fut accueilli par un sourire. Je me risquai à me
joindre à eux et le sourire sur mon petit visage préféré ne s'effaça pas. En route vers
la maison, ce soir-là, on se parla doucement et Laurier finit par s’endormir
sans faire de bruit. Il reste de bonne humeur depuis. Sa petite frimousse a retrouvé
ses expressions coquines et son charme ne connaît pas de limite. Bidou va mieux. Maman aussi.
Et on garde tout de même, en souvenir de ce Noël, les tours de skis que Laurier a fait dans la maison, refusant d'en faire à l'extérieur. On se souvient d'un Père Noël aux cheveux brun, à la barbe peu trompeuse et avec un accent gaspésien. On n'oubliera pas non plus la performance du deuxième Père Noël, son visage complètement caché par trop de cheveux plastiques, sa bédaine-oreiller à l'air à cause d'un manteau trop petit et la couture de son pantalon qui avait cédé... au niveau de la fourche! Laurier n'a rien vu de tout ça et leur a donné à chacun le câlin qui leur revenait.
| Ma tempête de Noël sur son fauteuil Velvet |
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| Les premiers skis de Bidou |

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