dimanche 30 décembre 2012

Ma tempête de Noël


J’avais déambulé sur plus d’une dizaine de kilomètres dans les rues de la ville, en plein soir de tempête, les pieds dans une mare de gadoue à chaque intersection, pour trouver à Laurier un cadeau qui l’enchanterait. J’avais finalement trouvé cette petite moto qui j’étais certaine, le transporterait de joie. J’avais hâte de la lui offrir.

La matinée de la veille de Noël serait notre seul moment d’intimité à trois. Je m’imaginais un déjeûner joyeux. Je lui préparerais des crêpes au sirop. Je le voyais trembler de plaisir au moment où on lui offrait un biscuit comme dessert matinal, spécial d'occasion. Nous nous offririons nos cadeaux dans cette ambiance empreinte à la fois de douceur, d’amour et de jeu. Nous jouerions un peu dehors avec lui avant de nous diriger vers le nord, vers nos familles et tous ces repas des Fêtes.

J’envisageais bien sûr quelques confrontations et difficultés; la réalité étant toujours plus colorée et Laurier étant particulièrement difficile depuis la mi-décembre, fatigué de combattre un rhume infini et des nuits écourtées. Je prenais tout de même plaisir à m’abandonner au cliché de ma rêverie...

La veille de Noël débuta dès le réveil de notre petit ouragan. Il souffla d’abord doucement. Sa bonne humeur dura moins de 5 minutes. Il toussait beaucoup. Je lui offris un jus d’orange. S’en suivi une série de cris, de pleurs et de coups. Mon petit homme fut saisi d’un mal d’être si intense qu’il nous était tout à fait impossible de le maîtriser. Ses yeux nous réclamaient, mais son petit corps protestait, nous assaillait de coups et de hurlements. Il nous repoussait et nous criait de s’en aller, de le laisser seul. Je tentais de le tenir près de moi, mais sa force avait parfois raison de mon étreinte et je ne pouvais faire autrement que de le déposer. Il se relevait alors et marchait vers moi, ses bras implorant les miens. Je le reprenais, tout recommençait. Mon cœur s’émiettait.

Cet intense tourbillon dura plus d’une heure. Laurier finit par se calmer, mais demeura particulièrement nerveux et irritable jusqu’au soir du 26 décembre. Il nous était difficile de l’approcher, parfois même de le regarder, sans se faire rabrouer. Il demandait une chose, voulait son contraire et refusait tout ce qu’on lui offrait. Il connut, bien sûr, quelques périodes d’accalmie, auprès de ses grand-mamans ou du Père Noël, principalement. Son père et moi demeurions les victimes désignées de ses rejets sans appel. J’avais hâte de retourner chez moi, me terrer avec mes hommes jusqu’à ce que passe la tempête. 

Puis, comme par magie, le 26 décembre au soir, la fureur qui l’habitait le quitta. Son père tenta de l’approcher et fut accueilli par un sourire. Je me risquai à me joindre à eux et le sourire sur mon petit visage préféré ne s'effaça pas. En route vers la maison, ce soir-là, on se parla doucement et Laurier finit par s’endormir sans faire de bruit. Il reste de bonne humeur depuis. Sa petite frimousse a retrouvé ses expressions coquines et son charme ne connaît pas de limite. Bidou va mieux. Maman aussi.

Et on garde tout de même, en souvenir de ce Noël, les tours de skis que Laurier a fait dans la maison, refusant d'en faire à l'extérieur. On se souvient d'un Père Noël aux cheveux brun, à la barbe peu trompeuse et avec un accent gaspésien. On n'oubliera pas non plus la performance du deuxième Père Noël, son visage complètement caché par trop de cheveux plastiques, sa bédaine-oreiller à l'air à cause d'un manteau trop petit et la couture de son pantalon qui avait cédé... au niveau de la fourche! Laurier n'a rien vu de tout ça et leur a donné à chacun le câlin qui leur revenait. 

Ma tempête de Noël sur son fauteuil Velvet


Les premiers skis de Bidou

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