lundi 5 novembre 2012

Le grand lit


Bed Head

Je referme la porte de sa chambre, bien fière de mon petit bidou qui semble s’adapter plutôt bien à son nouveau lit de « grand garçon ». C’est le troisième soir et les deux premiers se sont déroulés de façon tout à fait charmante. Je m’assois dans la cuisine et son père et moi entamons une discussion, tournant, bien évidemment, autour de ce nouvel exploit de notre héritier. À peine avons-nous prononcé quelques mots que le manège se met à tourner :

« Maman. Maman! Je me sis fait un bobo maman! Maman… »

« Mamaaaaan! Maman. Chante ma une chanson. »

« Maman. Je veux faye caca su le ti-pot. Je veux faye caca su le ti-pot là! »

« Maman. Maman. Maman. Y faut laver la doudou. Elle est sale. Y faut laver ma doudou. »

« Maaaaamaaaaan! Je sis pas fatigué maman. Je sis pas fatigué là. »

« Pas les bas maman! Je veux pas les bas là! »

Je retourne le voir, embrasse le doigt sur lequel aucune blessure n’apparaît. Je chante une chanson, puis une autre. Je l’emmène sur le petit pot et j’attends quelques minutes avant de me dire qu’évidemment, ça ne sera jamais si facile de le mettre propre! Je lui redonne sa doudou qui sent encore la lessive. Je lui explique le repos, la nuit, la lune et les étoiles. Je prends la paire de bas qu’il me tend. Je l’embrasse et referme sa porte une quinzaine de fois sur des excuses chaque fois différentes.
Pour m’aider à être plus forte, je rappelle à mon chum les conseils prodigieux que m’ont transmis les livres et les autres mamans : ne pas succomber à chacun de ses appels, ne pas parler lorsqu’on retourne dans sa chambre le coucher, fermer la porte de façon à ce qu’il ne puisse plus l’ouvrir, etc.

« Maman? Maman? Maman je veux te dire un secret. Je veux te dire un secret maman. J’ai un secret mamaaaaan! »

J’attends avant d’intervenir mais il insiste longuement. Son secret est peut-être important? Il a entrouvert sa porte de chambre. Il reste sagement derrière, mais je peux voir son petit minois qui m’interpelle. Je m’approche avec la ferme intention de ne pas parler et de ne pas m’attarder. Il choisit le moment où je me penche vers lui pour m’avouer son secret :

« Je t’aime beaucoup maman. J'ai un secret, je t’aime beaucoup. »

Toutes mes intentions s’effondrent du même coup et je m’allonge près de lui pour le border, lui parler encore un peu. Je viens de glisser sur le long serpent qui me ramène à la case départ.

Il m’a fallu beaucoup de temps avant d’atteindre le ciel, celui où Laurier dort enfin! Une case à la fois, aucune échelle pour m’aider. Il est même allé jusqu’à me demander de me coucher près de lui, pour simplement m’ordonner d’aller dans mon propre lit quelques secondes plus tard :

«  Non. Va dans ton lit maman. C’est mon lit maman. C’est MON lit! »

Il m’appelait au réconfort et refusait que je le console. Il récidivait. Encore. Ça écorchait chaque fois mon cœur de maman. J’étais persuadée de n’avoir pris que des mauvaises décisions. Les trente dernières fois, il s’est relevé pour nous rappeler qu’il aime beaucoup Machin, son toutou préféré. La fatigue robotisait à la fois son discours et son parcours, du lit à la porte et de la porte au litcomme un interminable carrousel: « j'aime beaucoup Machin ». Il semblait avoir perdu le contrôle de son petit corps.

Laurier s’est relevé plus d’une soixantaine de fois ce soir-là avant d’enfin rejoindre les bras de Morphée… 95 minutes plus tard. Je l’ai suivi de près, aussi épuisée que lui.

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