Harper au pouvoir avec son bras de fer. Le droit. Car son gauche, semble-t-il, n'est pas simplement faible, mais bien amputé. Le coup reçu sur ce visage politique qui nous était familier frappe fort. L'ecchymose émotionnelle se traduit d'un gros bleu en pleine figure.
Depuis toujours, l'intérêt politique vient à moi par vagues. Je surfe, pour un temps, sur une vague qui me tient avide d'actualité, d'information et d'opinions. Le temps d'après, c'est le plat du désillusionnement qui me pousse vers le désintérêt. Aujourd'hui, pour la première fois de ma vie, je me sens personnellement touchée par notre dessin politique. Indépendamment de la couleur de mon vote, le discours d'adieu de M. Duceppe m'émeut; la défaite cuisante de ce géant du Bloc et celle de M. Ignatieff m'attristent; l'avancée surprenante de M. Layton me permet de croire que l'individualisme ne trouve heureusement pas sa place dans le coeur de tous les citoyens; et finalement, la victoire de M. Harper m'effraie.
Investissements de masse en justice et en sécurité. Coupures importantes et désintérêt pour les causes culturelles et environnementales. La tristesse, c'est qu'ils préfèrent voir la vie comme un livre comptable; l'économie non pas comme partie d'un tout, mais au détriment de tout. Comment l'individualisme peut-il être la solution alors que c'est justement à travers lui que tant d'individus sont oubliés, trompés? Comment ne pas s'inquiéter d'une telle vision pour l'avenir?
Seulement six voix du Québec prennent place dans cette majorité conservatrice. Comment s'identifier à un pays dans lequel nous sommes si peu représentés? Est-ce que cette douche d'eau froide qui a réveillé le Québec à l'aube nous secouera assez pour nous redonner l'envie d'un projet de société?
Au moment où j'écris ces lignes, je vois parader à travers la fenêtre un arc-en-ciel de jeunes du primaire. Malgré le froid, la pluie et la lourdeur du regard de Harper qui nous tombent dessus aujourd'hui, ils ont enfilé bottes, imperméables et parapluies de toutes les couleurs et marchent fièrement dans les rues du quartier. "Le goût de vivre" proclament les pancartes qu'ils ont pris soin de joliment peinturer. Leur cause ne concerne pas le récent bouleversement politique, mais n'en est pas moins touchante. Comment regarder aller ces enfants et faire autrement que de souhaiter la santé et l'éducation accessible à tous, le rayonnement des arts et de la culture, une harmonie entre l'humain et son environnement?
La mère, dans la politique, voit l'avenir qu'on veut offrir à son enfant. L'amer, dans la politique, c'est ce qu'elle voudrait éviter à son enfant. Je grimace encore de ce qu'on vient de nous faire goûter.
Très bon texte Caro, encore une fois, tu es si agréable à lire.
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