mardi 5 février 2013

La grotte


Laurier en est à sa troisième course entre la chambre et le salon. Il arrive, haletant, à la recherche d’autres jouets. Ses cheveux s’entremêlent, se nouent et montent en statique de s’être trop frottés aux bas plafonds de la grotte. Il cherche son pilon de poulet, sa gousse d’ail et sa petite auto tout en continuant de sautiller. L’immensité du plaisir qu’il éprouve l’empêche de se calmer. Une fois ses provisions en main, il court rejoindre son père dans la pénombre de leur repaire. À peine y a-t-il mis sa tête que je le vois sortir à nouveau : « Ah c’est vrai! J’ai oublié mon couteau pis la pâre là. Ben oui. »

Il atteint le salon en un temps record et commence son plein : un bloc de beurre sous un bras, une pointe de fromage et un melon d’eau sous l’autre, un citron sous le menton, le couteau dans une main et la pâre dans l’autre. On croirait qu’il se prépare à hiberner. Pressé de retrouver son aventure, Laurier semble friser la panique. Et voilà qu’au premier pas de course vers son nouveau lieu favori, tous ses délices de bois tombent au sol en un joyeux vacarme. Les mains en l’air et pleines de colères, Bidou abdique et hurle : « AH NOOOON! JE SIS PAS CAPABE! » Puis, il grogne, comme l’aurait fait l’ours à sa place.

Je comprends vite que son bonheur dépend de la réussite de sa mission et me précipite auprès de lui avec un outil de sauvetage. Il repart quelques secondes plus tard, triomphant, avec au bras un petit sac d’épicerie bien rempli. Son père l’attend dans la grotte et lui dit de se dépêcher, un gros poisson vient de lui chatouiller les pieds et il voudrait bien aller le pêcher avec lui. Transporté par ses émotions, Bidou sautille sur la pointe des pieds. Il enchaîne même quelques pas chassés, un bras en l’air et l’autre alourdi de provisions. « Petit danseur contemporain », que je me dis, tout en lui demandant de me ramener une « languille », s’il en trouve une. Il pénètre dans l'antre et j’écoute pendant quelques minutes le dialogue étouffé de mes deux grands explorateurs. Laurier en ressort à nouveau affichant un sourire de fierté : il a une belle languille à m’offrir. Elle est comme je les aime, longue, colorée, un peu gluante et imaginaire.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire