Je jouais tranquillement
dehors avec bidou lorsque les premiers déchets tombèrent du ciel. Quelques
brindilles de papier et des poussières. Je pensai d'abord qu'il devait venter
plus fort qu'on en avait l'impression, à l'abri dans la cour. Une dizaine de
minutes s'écoulèrent, puis, alors que Laurier s'apprêtait à frapper un autre
coup de maître avec son bâton de golf, une lourde chemise en denim s'effondra
sur le gazon. Elle fut suivi de près par un calendrier chinois désuet. Des
ordures de toutes sortes parsemaient désormais la cour: sacs de plastique usés,
tapis délabré... même quelques éclats de verre aux formes coupantes et
menaçantes.
J'éloignai mon trésor de
ces immondices, lui ordonnant de ne pas bouger. Il dut sentir la rage qui
montait en moi car il obtempéra sans dire un mot. La porte de la ruelle
s'ouvrit sur un gros "container". Du balcon du 4e étage de l'immeuble
voisin, un homme y lançait des déchets à l'aveuglette...
- Excusez-moi, en haut!
- ...
- Excusez-moi, Monsieur en
haut!
- Oui?
- Est-ce que ce serait possible
de faire attention? Une partie de vos déchets tombent directement sur mon
terrain.
- Ah oui, ça doit être à
cause du vent.
- Peut-être, mais faudrait
changer de méthode car c'est dangereux. je joue dans la cour avec mon enfant.
Un autre homme apparaît
alors au côté du premier. Encore plus abruti que bedonnant, il s'empresse de me
crier toute son arrogance:
- Aye là. C'est quoi? Vous
vous pensez plus intelligente que nous? On n'a pas le choix, c'est plein de
punaises icitte pis y faut tout vider, ça me tente pas plus que vous d'faire
ça.
- Attendez là... je ne me
pense pas plus intelligente que vous, mais c'que vous faites, c'est
dangereux. Vous pourriez blesser quelqu'un. Je veux simplement pouvoir jouer avec mon
garçon dans ma cour. Et en plus vous me dites qu'il y a des punaises sur ces déchets?
- C'est pas ça qu'j'ai dit.
Pis de toute façon, si ça fait pas votre affaire, prenez votre p'tit pis allez
donc jouer ailleurs.
...
J'évite de vous partager
les idées qui me traversaient l'esprit à ce moment précis, mais elles me
coloraient le visage en rouge et me sortaient par les oreilles, emboucanées. Après quelques minutes de cette intolérable argumentation, le premier
des deux est finalement venu ramasser les ordures qui décoraient ma cour. Je
suis retournée dans la ruelle, en fin de journée, pour constater les dégâts. Au
coeur de la scène désolante qui m'accueillit, un miroir fracassé à même le sol,
qui avait manqué de près la cible. Les centaines d'éclats de verre faisaient briller la ruelle.
| Un "swing" de pro! |
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